Le théâtre, texte et représentation
Comment la question politique est-elle posée au théâtre ?
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SEQUENCE 4 |
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Groupement de textes |
Objectifs |
Histoire littéraire, langue et méthodologie |
Iconographie / filmographie |
Prolongements |
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Lectures analytiques |
Lectures analytiques |
Lectures cursives |
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Vous serez interrogés sur les textes ci-dessous dans la première partie de l´épreuve orale.
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Introduction, présentation du corpus. |
Le théâtre : texte et représentation, p.100 Oral : l´entretien, p.196 Ecrit : la dissertation p.224 Ecrit : l´écriture d´invention p.230 |
Britannicus de Racine, exposé (souvenir de
seconde) à partir de la représentation filmée. |
Présentation des lectures cursives. |
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Cinna, Acte IV, scène 2 de Pierre Corneille |
Un dilemne politique. |
La tragédie (exposé) |
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Le Héros et l´Etat dans la tragédie de Pierre Corneille de Michel Prigent |
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Le théâtre de Shakespeare (exposé) |
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Jules César, Acte III, scène 2 de William Shakespeare |
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Lorenzaccio, Acte III, scène 3 (extrait) de Musset |
Deux visions de l´acte politique. |
Le drame romantique (exposé) |
Comparaison de deux photos de Lorenzaccio |
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Les Mains sales, Cinquième tableau, scène 3 de Jean-Paul Sartre |
Un affrontement verbal. |
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La Résistible Ascension d´Arturo Ui, épilogue de Bertold Brecht |
Un théâtre didactique. |
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Etude de mises en scène. |
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Bilan |
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SEQUENCE 5
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Oeuvre intégrale |
Extraits |
Objectifs |
Iconographie / filmographie |
Prolongements |
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Lecture cursive |
Lectures analytiques |
Lectures cursives |
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La Folle Journée ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais |
Vous serez interrogés sur les textes ci-dessous dans la première partie de l´épreuve orale. |
Questions pour l´oral et grille d´évaluation. Structure de la pièce |
L´insolent Beaumarchais d´Edouard Molinaro (1996), vision d´extraits. |
Extrait de 1784, Le Scandale du "Mariage de Figaro" de Claude Petitfrère, 1999.
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| Acte I, scène 1 | L´exposition | Figaro pourfendant les abus sociaux, gravure de Watteau de Lille, 1785. | ||
| Acte III, scène 5 | Le comique et la critique sociale |
Exposé : Les rapports entre le comique et la critique de la société dans Le Mariage de Figaro. |
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| Acte III, scène 16 | La revendication féministe | Exposé : Les personnages féminins et la revendication féministe dans la pièce. | ||
| Acte V, scène 3 | Le monologue | Exposé : Le personnage de Figaro : comment Beaumarchais renouvelle-t-il l´emploi du valet au théâtre ? | ||
| Bilan | ||||
Extrait des instructions officielles : Le but est d´analyser le langage théâtral dans le texte et dans les relations entre le texte et les aspects visuels et sonores liés à la représentation. Faire percevoir que ces liens varient selon les genres, les registres et les époques et que la réception d´un texte de théâtre varie selon les mises en scène.
Objectif : Nous étudierons comment la question politique a été abordée au théâtre à travers différents extraits et la lecture intégrale du Mariage de Figaro de Beaumarchais.
Perspective dominante : Etude des différents genres dramatiques (tragédie, comédie, drame, théâtre engagé ou d´idées) et des registres.
Perspectives complémentaires : Etude de l´histoire littéraire et culturelle théâtrale (du XVIe au XXe siècles, en Europe), étude de l´intertextualité et de la singularité des textes, lien avec l´argumentation.
Notion-clé : La double énonciation.
Fiches méthodiques : 6, 9.
Préparation à l´écrit : la dissertation et l´écriture d´invention.
Evaluation :
Dissertation Le théâtre est-il une bonne tribune possible
pour défendre des idées ? Vous répondrez à cette
question en un développement composé, prenant appui sur les textes
étudiés en classe, vos lectures personnelles et votre expérience
de spectateur.
Durée : 10 séances
Pierre Corneille, Cinna (1640)
AUGUSTE
William Shakespeare, Jules César (1599)
BRUTUS
[...] Censurez-moi dans votre sagesse, et faites appel à votre raison, afin de pouvoir mieux me juger. S´il est dans cette assemblée quelque ami cher de César, à lui je dirai que Brutus n´avait pas pour César moins d´amour que lui. Si alors cet ami demande pourquoi Brutus s´est levé contre César, voici ma réponse : ce n´est pas que j´aimasse moins César, mais j´aimais Rome davantage. Eussiez-vous préféré voir César vivant et mourir tous esclaves, plutôt que de voir César mort et de vivre tous libres ? César m´aimait, et je le pleure ; il fut fortuné, et je m´en réjouis ; il fut vaillant, et je l´en admire ; mais il fut ambitieux, et je l´ai tué ! Ainsi, pour son amitié, des larmes ; pour sa fortune, de la joie ; pour sa vaillance, de l´admiration; et pour son ambition, la mort ! Quel est ici l´homme assez bas pour vouloir être esclave ? S´il en est un, qu´il parle ! car c´est lui que j´ai offensé. Quel est ici l´homme assez grossier pour ne vouloir pas être Romain ? S´il en est un ici, qu´il parle ! car c´est lui que j´ai offensé. Quel est ici l´homme assez vil pour ne pas vouloir aimer sa patrie ? S´il en est un, qu´il parle ! car c´est lui que j´ai offensé [...]
ANTOINE
[...] Je viens pour ensevelir César, non pour le louer. le mal que font les hommes vit après eux ; le bien est souvent enterré avec leurs os : qu´il en soit ainsi de César ! Le noble Brutus vous a dit que César était ambitieux : si cela était, c´était un tort grave, et César l´a gravement expié. Ici, avec la permission de Brutus et des autres (car Brutus est un homme honorable, et ils sont tous des hommes honorables), je suis venu pour parler aux funérailles de César. Il était mon ami fidèle et juste ; mais Brutus dit qu´il était ambitieux, et Brutus est un homme honorable. Il a ramené à Rome nombre de captifs, dont les rançons ont rempli les coffres publics : est-ce là ce qui a paru ambitieux dans César ? Quand le pauvre a gémi, César a pleuré : l´ambition devrait être de plus rude étoffe. Pourtant Brutus dit qu´il était ambitieux ; et assurément c´est un homme honorable. je ne parle pas pour contester ce qu´a dit Brutus, mais je suis ici pour dire ce que je sais. Vous l´avez tous aimé naguère, et non sans motif ; quel motif vous empêche donc de le pleurer ? Ô jugement, tu as fui les bêtes brutes, et les hommes ont perdu leur raison !... Excusez-moi : mon coeur est dans le cercueil, là, avec César, et je dois m´interrompre jusqu´à ce qu´il me soit revenu.
Alfred de Musset, Lorenzaccio (1834)
LORENZO
Je me suis réveillé
de mes rêves, rien de plus. Je te dis le danger d'en faire. Je connais
la vie, et c'est une vilaine cuisine, sois-en persuadé. Ne mets pas la
main là- dedans, si tu respectes quelque chose.
PHILIPPE
Arrête! ne brise pas comme
un roseau mon bâton de vieillesse. Je crois à tout ce que tu appelles
des rêves; je crois à la vertu, à la pudeur et à
la liberté.
LORENZO
Et me voilà dans la rue,
moi, Lorenzaccio? et les enfants ne me jettent pas de la boue? Les lits des
filles sont encore chauds de ma sueur, et les pères ne prennent pas,
quand je passe, leurs couteaux et leurs balais pour m'assommer? Au fond de ces
dix mille maisons que voilà, la septième génération
parlera encore de la nuit où j'y suis entré, et pas une ne vomit
à ma vue un valet de charrue qui me fende en deux comme une bûche
pourrie? L'air que vous respirez, Philippe, je le respire; mon manteau de soie
bariolé traîne paresseusement sur le sable fin des promenades;
pas une goutte de poison ne tombe dans mon chocolat; que dis-je? ô Philippe!
les mères pauvres soulèvent honteusement le voile de leurs filles
quand je m'arrête au seuil de leurs portes; elles me laissent voir leur
beauté avec un sourire plus vil que le baiser de Judas, tandis que moi,
pinçant le menton de la petite, je serre les poings de rage en remuant
dans ma poche quatre ou cinq méchantes pièces d'or.
PHILIPPE
Que le tentateur ne méprise
pas le faible; pourquoi tenter lorsque l'on doute?
LORENZO
Suis-je un Satan? Lumière
du ciel! je m'en souviens encore; j'aurais pleuré avec la première
fille que j'ai séduite, si elle ne s'était mise à rire.
Quand j'ai commencé à jouer mon rôle de Brutus moderne,
je marchais dans mes habits neufs de la grande confrérie du vice, comme
un enfant de dix ans dans l'armure d'un géant de la Fable. Je croyais
que la corruption était un stigmate, et que les monstres seuls le portaient
au front. J'avais commencé à dire tout haut que mes vingt années
de vertu étaient un masque étouffant; ô Philippe! j'entrai
alors dans la vie; et je vis qu'à mon approche tout le monde en faisait
autant que moi; tous les masques tombaient devant mon regard; l'humanité
souleva sa robe, et me montra, comme à un adepte digne d'elle, sa monstrueuse
nudité. J'ai vu les hommes tels qu'ils sont, et je me suis dit: Pour
qui est-ce donc que je travaille? Lorsque je parcourais les rues de Florence,
avec mon fantôme à mes côtés, je regardais autour
de moi, je cherchais les visages qui me donnaient du coeur, et je me demandais:
Quand j'aurai fait mon coup, celui-là en profitera-t-il? J'ai vu les
républicains dans leurs cabinets; je suis entré dans les boutiques;
j'ai écouté et j'ai guetté. J'ai recueilli les discours
des gens du peuple, j'ai vu l'effet que produisait sur eux la tyrannie; j'ai
bu dans les banquets patriotiques le vin qui engendre la métaphore et
la prosopopée; j'ai avalé entre deux baisers les larmes les plus
vertueuses; j'attendais toujours que l'humanité me laissât voir
sur sa face quelque chose d'honnête. J'observais comme un amant observe
sa fiancée en attendant le jour des noces.
PHILIPPE
Si tu n'as vu que le mal, je
te plains; mais je ne puis te croire. Le mal existe, mais non pas sans le bien;
comme l'ombre existe, mais non sans la lumière.
LORENZO
Tu ne veux voir en moi qu'un
mépriseur d'hommes; c'est me faire injure. Je sais parfaitement qu'il
y en a de bons; mais à quoi servent-ils? que font-ils? comment agissent-ils?
Qu'importe que la conscience soit vivante, si le bras est mort? Il y a de certains
côtés par où tout devient bon: un chien est un ami fidèle;
on peut trouver en lui le meilleur des serviteurs, comme on peut voir aussi
qu'il se roule sur les cadavres, et que la langue avec laquelle il lèche
son maître sent la charogne à une lieue. Tout ce que j'ai à
voir, moi, c'est que je suis perdu, et que les hommes n'en profiteront pas plus
qu'ils ne me comprendront.
PHILIPPE
Pauvre enfant, tu me navres
le coeur! Mais si tu es honnête, quand tu auras délivré
ta patrie, tu le redeviendras. Cela réjouit mon vieux coeur, Lorenzo,
de penser que tu es honnête; alors tu jetteras ce déguisement hideux
qui te défigure, et tu redeviendras d'un métal aussi pur que les
statues de bronze d'Harmodius et d'Aristogiton.
LORENZO
Philippe, Philippe, j'ai été
honnête. La main qui a soulevé une fois le voile de la vérité
ne peut plus le laisser retomber; elle reste immobile jusqu'à la mort,
tenant toujours ce voile terrible, et l'élevant de plus en plus au-dessus
de la tête de l'homme, jusqu'à ce que l'ange du sommeil éternel
lui bouche les yeux.
PHILIPPE
Toutes les maladies se guérissent;
et le vice est une maladie aussi .
LORENZO
Il est trop tard. Je me suis
fait à mon métier. Le vice a été pour moi un vêtement;
maintenant il est collé à ma peau. Je suis vraiment un ruffian,
et quand je plaisante sur mes pareils, je me sens sérieux comme la mort
au milieu de ma gaieté. Brutus a fait le fou pour tuer Tarquin, et ce
qui m'étonne en lui, c'est qu'il n'y ait pas laissé sa raison.
Profite de moi, Philippe, voilà ce que j'ai à te dire; ne travaille
pas pour ta patrie.
Bertold Brecht, La Résistible Ascension d´Arturo Ui (1941)
UI
[...] Celui qui par hasard ne serait pas pour moi
Est contre moi, et il n´aura de sa conduite,
Alors, qu´à s´imputer à lui-même les suites.
Maintenant vous pouvez choisir.
GOBBOLA
Mais écoutez
Encor Mistress Dollfoot, de vous tous bien connue,
Et veuve d´un mari qui vous fut cher à tous.
BETTY
Mes amis ! A présent que votre ami à tous,
Mon époux regretté, mon Ignace Dollfoot
N´est plus là ...
GOBBOLA
Qu´il repose en paix !
BETTY
Je vous conseille,
Ne pouvant désormais plus vous être un appui,
De mettre votre foi en monsieur Arthur Ui,
Comme je fais moi-même, ayant en ces moments
Si pénibles pour moi appris à le connaître.
GOBBOLA
Au vote maintenant.
GORI
Tous ceux qui sont pour Ui
Les mains en l´air !
Quelques-uns lèvent aussitôt la main.
UN MARCHAND DE CICERO
Peut-on aussi quitter la salle ?
GOBBOLA
Chacun a liberté de faire ce qu´il veut.
Le marchand sort d´un pas hésitant. Deux gardes du corps le suivent. Puis éclate un coup de feu.
GORI
Alors, à vous ! Quelle est votre décision libre ?
Tous lèvent les deux mains à la fois.
GOBBOLA
Le vote est clos. patron, les marchands de primeurs
De Cicero et Chicago te remercient,
Tremblotants de bonheur, pour ta protection.
UI
J´accepte avec fierté votre remerciement.
Lorsque voici quinze ans je me suis mis en route,
Simple fils des faubourg de Nouw-Yorque, et chômeur,
Suivant l´appel de la Providence, avec sept
Compagnons éprouvés, pour faire en cette ville
Mon chemin, j´avais pour volonté inflexible
Au commerce des choux de garantir la paix.
C´était un petit groupe alors, qui désirait
Sans phrases cette paix, mais avec fanatisme.
Maintenant ils sont foule, et maintenant la paix
dans les choux-fleurs de Chicago n´est plus un rêve,
Mais la réalité brutale. Et cette paix,
Pour l´assurer, j´ai ordonné aujourd´hui même
De commander sans nul délai des mitaillettes,
et des autos blindées, et naturellement
Ce qu´il faut de brownings, de matraques, que sais-je ...
Cicero, Chicago crient pour qu´on les protège.
D´autres villes aussi : Toledo ! Princeton !
Pittsburg ! Cincinnati ! Albany ! Washington !
Là où l´on vend aussi des choux-fleurs ! Flint ! Boston !
Kansas-City ! Denver ! Saint-Louis ! Little-Rock !
Miami ! Colombus ! Charleston ! Et Nouw-Yorque
Réclament protection. Les "Hou hou !", les "Oh fi,
Que c´est affreux !" n´arrêtent pas Arturo Ui !
Roulements de tambours et fanfares.
Apparition d´un écriteau :
"Le 11 mars 1938 Hitler fit son entrée en Autriche. des élections organisées sous la terreur des nazis donnèrent 98% des voix à Hitler."
EPILOGUE
Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester
Les yeux ronds. Agissez au lieu de bavarder.
Voilà ce qui aurait pour un peu dominé le monde !
Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut
Pas nous chanter victoire, il est encore trop tôt :
Le ventre est encore fécond, d´où a surgi la bête immonde.
Jean-Paul Sartre, Les Mains sales (1948)
HUGO
Je n´ai jamais menti aux camarades. Je... A quoi ça sert de lutter pour la libération des hommes, si on les méprise assez pour leur bourrer le crâne ?
HOEDERER
Je mentirai quand il faudra et je ne méprise personne. Le mensonge, ce n´est pas moi qui l´ai inventé : il est né dans une société divisée en classes et chacun de nous l´a hérité en naissant. Ce n´est pas en refusant de mentir que nous abolirons le mensonge : c´est en usant de tous les moyens pour supprimer les classes.
HUGO
Tous les moyens ne sont pas bons.
HOEDERER
Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces.
HUGO
Alors, de quel droit condamnez-vous la politique du Régent ? Il a déclaré la guerre à l´U.R.S.S.parce que c´était le moyen le plus efficace de sauvegarder l´indépendance nationale.
HOEDERER
Est-ce que tu t´imagines que je la condamne ? Il a fait ce que n´importe quel type de sa caste aurait fait à sa place. Nous ne luttons ni contre des hommes ni contre une politique mais contre la classe qui produit cette politique et ces hommes.
HUGO
Et le meilleur moyen que vous ayez trouvé pour lutter contre elle, c´est de lui offrir de partager le pouvoir avec vous ?
HOEDERER
Parfaitement. Aujourd´hui, c´est le meilleur moyen. (Un temps.) Comme tu tiens à ta pureté, mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien, reste pur ! A qui cela servira-t-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c´est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j´ai les mains sales. Jusqu´aux coudes. je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t´imagines qu´on peut gouverner innocemment?
Beaumarchais, Le Mariage de Figaro (1784)
FIGARO seul, se promenant dans l'obscurité, dit du ton le plus sombre: Femme! femme! femme! créature faible et décevante!... nul animal créé ne peut manquer à son instinct; le tien est-il donc de tromper?... Après m'avoir obstinément refusé quand je l'en pressais devant sa maîtresse; à l'instant qu'elle me donne sa parole; au milieu même de la cérémonie... Il riait en lisant, le perfide! et moi comme un benêt! Non, Monsieur le Comte, vous ne l'aurez pas... vous ne l'aurez pas. Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie! noblesse, fortune, un rang, des places; tout cela rend si fier! Qu'avez-vous fait pour tant de biens? vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus; du reste, homme assez ordinaire! tandis que moi, morbleu! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu'on n'en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes; et vous voulez jouter... On vient... c'est elle... ce n'est personne. La nuit est noire en diable, et me voilà faisant le sot métier de mari, quoique je ne le sois qu'à moitié! (Il s'assied sur un banc.) Est-il rien de plus bizarre que la destinée! fils de je ne sais pas qui; volé par des bandits! élevé dans leurs moeurs, je m'en dégoûte et veux courir une carrière honnête; et partout je suis repoussé! J'apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie; et tout le crédit d'un grand seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire! Las d'attrister des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le théâtre; me fussé-je mis une pierre au cou! Je broche une comédie dans les moeurs du sérail; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet, sans scrupule: à l'instant, un envoyé... de je ne sais où se plaint que j'offense, dans mes vers, la Sublime Porte, la Perse, une partie de la presqu'île de l'Inde, toute l'Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d'Alger et de Maroc: et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l'omoplate, en nous disant: "chiens de chrétiens"! Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitant. Mes joues creusaient; mon terme était échu; je voyais de loin arriver l'affreux recors, la plume fichée dans sa perruque; en frémissant je m'évertue. Il s'élève une question sur la nature des richesses; et comme il n'est pas nécessaire de tenir les choses, pour en raisonner, n'ayant pas un sol, j'écris sur la valeur de l'argent, et sur son produit net; sitôt je vois, du fond d'un fiacre, baisser pour moi le pont d'un château fort, à l'entrée duquel je laissai l'espérance et la liberté. (Il se lève.) Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu'ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil! je lui dirais... que les sottises imprimées n'ont d'importance qu'aux lieux où l'on en gêne le cours; que sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur; et qu'il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. (Il se rassied.) Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue; et comme il faut dîner, quoiqu'on ne soit plus en prison, je taille encore ma plume, et demande à chacun de quoi il est question: on me dit que pendant ma retraite économique, il s'est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s'étend même à celles de la presse; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits, ni de l'autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l'Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j'annonce un écrit périodique, et croyant n'aller sur les brisées d'aucun autre, je le nomme Journal inutile. Pou-ou! je vois s'élever contre moi mille pauvres diables à la feuille; on me supprime; et me voilà derechef sans emploi! Le désespoir m'allait saisir; on pense à moi pour une place, mais par malheur j'y étais propre: il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint. Il ne me restait plus qu'à voler; je me fais banquier de pharaon: alors, bonnes gens! je soupe en ville, et les personnes dites "comme il faut" m'ouvrent poliment leur maison, en retenant pour elles les trois quarts du profit. J'aurais bien pu me remonter; je commençais même à comprendre que pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi, en exigeant que je fusse honnête, il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittais le monde; et vingt brasses d'eau m'en allaient séparer, lorsqu'un dieu bienfaisant m'appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais; puis laissant la fumée aux sots qui s'en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme trop lourde à un piéton, je vais rasant de ville en ville, et je vis enfin sans souci. Un grand seigneur passe à Séville; il me reconnaît, je le marie; et pour prix d'avoir eu par mes soins son épouse, il veut intercepter la mienne! intrigue, orage à ce sujet. Prêt à tomber dans un abîme, au moment d'épouser ma mère, mes parents m'arrivent à la file. (Il se lève en s'échauffant.) On se débat; c'est vous, c'est lui, c'est moi, c'est toi; non, ce n'est pas nous; eh! mais qui donc? (Il retombe assis.) O bizarre suite d'événements! Comment cela m'est-il arrivé? Pourquoi ces choses et non pas d'autres? Qui les a fixées sur ma tête? Forcé de parcourir la route où je suis entré sans le savoir, comme j'en sortirai sans le vouloir, je l'ai jonchée d'autant de fleurs que ma gaieté me l'a permis; encore je dis ma gaieté, sans savoir si elle est à moi plus que le reste, ni même quel est ce Moi dont je m'occupe: un assemblage informe de parties inconnues; puis un chétif être imbécile; un petit animal folâtre; un jeune homme ardent au plaisir, ayant tous les goûts pour jouir, faisant tous les métiers pour vivre; maître ici, valet là, selon qu'il plaît à la fortune! ambitieux par vanité, laborieux par nécessité; mais paresseux... avec délices! orateur selon le danger; poète par délassement; musicien par occasion; amoureux par folles bouffées; j'ai tout vu, tout fait, tout usé. Puis l'illusion s'est détruite, et trop désabusé... Désabusé!... Suzon, Suzon, Suzon! que tu me donnes de tourments!... J'entends marcher... on vient. Voici l'instant de la crise.
Il se retire près de la première coulisse à sa droite.