Rapport de stage d´enseignement en Turquie

En octobre 1991, je suis partie pour des raisons personnelles en Turquie. Après avoir suivi les cours de langue turque pour étudiants étrangers à l'Université d'Istanbul, j'ai travaillé dans différentes entreprises turques, avant d'obtenir un poste de professeur de Français Langue Etrangère, à temps complet, au lycée Notre Dame de Sion en contrat local. J'ai enseigné deux années consécutives dans cette école, de septembre 1994 à juin 1996, et je m'y trouverais sans doute encore, si je n'avais obtenu mon CAPES de Lettres Modernes en juillet 1996. J'ai alors dû rentrer en France effectuer mon stage de PLC2, ne pouvant le faire à l'étranger.
C'est donc en faisant appel à mes souvenirs et en consultant les cinq classeurs de travaux personnels et d'équipe que je vais relater dans ce mémoire, cette expérience de l'enseignement du F.L.E. sur deux ans, telle que je l'ai vécue. Je porterai bien entendu un regard critique sur l'enseignante que j'étais grâce à l'expérience que j'ai acquise en tant que titulaire de l'Education Nationale, mais aussi, sur nos manières et moyens d'enseigner le F.L.E., en me servant des nombreuses connaissances que j'ai acquises au cours de cette année en maîtrise F.L.E.. Lorsque j'aurai connaissance de certains changements, car je suis toujours en contact avec des membres du personnel enseignant de Notre Dame de Sion, je le noterai.
Je décrirai donc tout d'abord le contexte d'enseignement du français en Turquie et plus particulièrement à Notre Dame de Sion, puis le contenu didactique de l'enseignement, j'envisagerai ensuite les différentes pratiques pédagogiques que j'ai mises en oeuvre tout au long de ces deux années. A la fin de ce document, vous pourrez découvrir différents liens sur la Turquie.

1. DESCRIPTION DU CONTEXTE

A. Linguistique et social

a) La Turquie en quelques mots
Présenter la Turquie est ambitieux, je ne dirai ici que quelques mots de ce si vaste et si riche pays en m'attardant sur ce qui intéresse l'objet de mon étude.
· Aperçu géographique de la Turquie et d'Istanbul
La Turquie est composée d'une partie européenne et d'une partie asiatique, et même si la partie asiatique est bien plus importante géographiquement (la partie européenne représente moins du trentième de la superficie totale), les Turcs se font fort de revendiquer, surtout à l'heure de l'Union Européenne, leurs attaches à l'Europe. Pays de hautes terres (plateau anatolien) au climat rude, la population se regroupe essentiellement près du littoral au climat plus propice et en particulier sur le pourtour de la mer de Marmara. Istanbul demeure le véritable symbole de cette double appartenance, européenne et asiatique, mégalopole de plus de dix millions d'habitants, elle s'étend sur les deux côtés du Bosphore, dans un périmètre de plus d'une centaine de kilomètres.
· Aperçu historique d'Istanbul
Colonisée par des grecs originaires de Mégare, pour son site privilégié - péninsule rocheuse entre la Mer de Marmara et la profonde Corne d'Or, face au débouché du Bosphore, en -658 ou -657, la ville vécut de son rôle d'escale et de carrefour des routes maritimes. En 324, conscient de l'atout stratégique de la ville, Constantin décida d'en faire la capitale de l'Empire Romain d'Orient et la rebaptisa Constantinople. Prise par les Turcs en 1453, elle fut recolonisée par des apports en provenance de tout l'Empire et reçut le nouveau nom d'Istanbul. Capitale de l'Empire Ottoman, ville de commerce et d'échanges terrestres et maritimes, ville multilingue et pluriculturelle, de tous temps, la population d'Istanbul fut bigarrée (quartiers génois, grec, arménien, juif ?) et au début du XXème siècle, seulement 45% de la population étaient musulmans.
· Aperçu politique, économique et social
En 1923, après avoir chassé les Européens et aboli le sultanat, Mustafa Kemal Atatürk instaure la République turque dont il devient le premier président. Il entreprend ensuite la révolution nationale afin de faire de la Turquie un Etat laïc, moderne et occidental (abolition du califat, de la polygamie, obligation du mariage civil, réforme de l'alphabet, droit de vote pour les femmes, appel à la prière et lecture du Coran en turc ?). L'?uvre d'Atatürk est considérable et son héritage est très important en Turquie, même si le président Menderes a toléré un retour aux traditions islamiques en 1950. En 1994, Süleyman Demirel est le président de la République et le Premier ministre est, pour la première fois en Turquie, une femme, Tansu Ciller. Cependant, suite aux scandales politiques et à l'inflation chronique, le parti islamique semble séduire le peuple et aux élections municipales de 1994, la municipalité d'Istanbul est remportée par le parti islamique.
Le pays est encore largement rural et l'agriculture est un secteur porteur, cependant de plus en plus, les grandes villes telles qu'Istanbul, Ankara et Izmir attirent les populations et l'exode rural est massif. L'industrialisation a largement progressé, cependant un manque de techniciens et de capitaux se fait sentir. L'état turc mise beaucoup sur le développement du secteur du tourisme.
Une grande disparité existe entre les revenus des familles de différents niveaux sociaux. A Istanbul, la vie est globalement plus chère que dans le reste du pays.

b) Langue officielle et statut du français
· La langue turque

La langue officielle de la Turquie est le turc tel que Mustafa Kemal Atatürk l'a instauré depuis les réformes de 1928.
D'origine ouralo-altaïque, importée par les Turcs seljoukides en Anatolie en 1071, la langue officielle de l'empire ottoman est la langue ottomane, langue issue de trois langues, l'arabe, le perse et le turc, calligraphiée en caractères arabes et manipulée par les seuls hauts fonctionnaires de l'Empire. Le peuple parle alors le turc, mais ne l'écrit pas.
En 1928, Atatürk fonde des Instituts de Langue Turque et décide de réduire au maximum les apports arabes et perses ou de les turquiser et surtout instaure l'alphabet latin pour transcrire le turc.
· Statut du français
Comme nous l'avons vu, Istanbul a toujours été une ville pluriculturelle et donc multilingue et il existe dans cette seule ville un nombre incroyable d'établissements enseignant en langues étrangères (anglais, français, allemand, italien, arménien ?). Le français y a depuis longtemps la part belle. Au XIXème siècle, langue privilégiée de la communauté chrétienne et de l'élite intellectuelle, elle est encore enseignée dans de nombreux lycées français. Outre l'école et le lycée français Pierre Loti , nous dénombrons cinq établissements privés, appartenant à des congrégations religieuses : le lycée français Saint Benoît, le lycée français Saint Joseph, le collège Sainte Pulchéry, le lycée français Saint Michel et le lycée français Notre Dame de Sion. L'école, le lycée et l'université Galatasaray d'enseignement public, inaugurés dans le cadre du projet d'Atatürk des lycées anatoliens (lycées publics turcs dont la plupart de l'enseignement se fait en langue étrangère) offrent également un enseignement en français. Nous reviendrons plus loin sur le mode de fonctionnement de ses différents établissements.
Enfin, l'Institut Culturel Français au sein du consulat propose également des cours de français et mets à la disposition des étudiants une bibliothèque en français.
Par ailleurs, un cinéma (un ancien théâtre restauré) sur la grande rue piétonne d'Istanbul, à proximité du lycée de Galatasaray et du consulat de France a choisi de mettre la plupart du temps à l'affiche des films français en V.O. sous-titrés en turc pour la population francophone et francophile.
Le français occupe donc depuis des années un statut privilégié et est encore à l'heure actuelle la langue de référence des minorités religieuses (chrétiennes et juives), mais aussi de la classe aisée. Les élèves sortant de ces écoles occupent d'ailleurs souvent un poste qualifié dans les administrations ou entreprises turques. Enfin, si le français perd un peu de terrain par rapport à l'anglais, sortir diplômé de ces écoles est un sérieux atout pour l'avenir, notamment dans le cadre du développement de l'économie ou du tourisme.

B. Institutionnel

Le système éducatif turc ayant subi des modifications entre aujourd'hui et les deux années où j'ai enseigné en Turquie, j'évoquerai ces modifications après avoir abordé la situation telle que je l'ai connue en 1994.

a) Organisation du système éducatif turc en 1994
L'enseignement en Turquie est alors obligatoire jusqu'à la fin de l'école primaire.
Les enfants débutent leur scolarité à l'âge de sept ans. A la fin de l'école primaire (cinq années), ils sont soumis pour ceux qui le désirent à des concours de recrutement nationaux pour les écoles bilingues. Il existe deux types de concours : le concours pour les lycées anatoliens d'état, gratuits (comme le lycée de Galatasaray) et le concours pour les lycées étrangers privés (comme le lycée Notre Dame de Sion). Chaque école détermine son minimum pour l'admission, plaçant ainsi la barre d'admission plus ou moins haute.
S'ils réussissent à intégrer une telle école, ils étudient, sans discontinuité, huit ans. Sans quoi, ils étudient trois ans au collège, puis s'ils poursuivent leurs études, trois ans au lycée.
Enfin, à la fin de cet enseignement secondaire, les élèves obtiennent un diplôme de fin de lycée qui ne leur ouvre nullement les portes des différentes universités ; ils doivent, en effet, passer à nouveau un concours (qu'ils préparent parfois sur une année après la fin du lycée) en deux parties écrites, la première étant éliminatoire, la seconde permettant d'établir un classement et d'attribuer aux postulants, en fonction de leur rang et de leurs choix, une place dans une des nombreuses universités de la Turquie. Les universités dispensant un enseignement bilingue comme l'université du Bosphore (en anglais) ou l'université de Galatasaray (en français), à Istanbul, sont particulièrement prisées.

b) Réforme de 1997
Le gouvernement a décidé en 1997 que l'école primaire et le collège ne formeraient plus qu'un et que l'école serait obligatoire jusqu'à la fin de ce cycle, repoussant ainsi de trois ans la fin du cycle obligatoire. Cette réforme, dont le but avoué était de faire reculer l'âge de fin de scolarisation obligatoire, avait pour objectif secret de nuire au développement des écoles privées coraniques, particulièrement prolifiques ces dernières années. Cependant, elle a eu bien des retentissements sur les écoles françaises privées qui fonctionnaient selon le même système (admission en fin de cycle primaire, pas d'écoles primaires au sein de l'établissement?)

c) Cas particulier du lycée français Notre Dame de Sion
· Petit historique
Le 27 novembre 1856, dans le quartier de Pangalti, le "Pensionnat" Notre Dame de Sion ouvrait officiellement ses portes, à côté de la Cathédrale du Saint-Esprit, premier lycée de jeunes filles à Istanbul sous l'Empire Ottoman, tenu par onze religieuses.
Les élèves étaient à l'origine uniquement issues de familles chrétiennes et toutes pensionnaires, puis plus tard des jeunes filles juives y furent accueillies. Sa réputation s'étendant, de hauts dignitaires de l'Empire émirent le désir d'y envoyer leurs filles et ainsi les premières élèves musulmanes furent inscrites en 1863.
A la proclamation de la République Turque, l'établissement fut soumis au règlement du Ministère de l'Education Nationale Turque et Mustafa Kemal Atatürk porta à l'établissement une telle considération qu'il y inscrit ses filles adoptives. En 1971, les classes primaires fermèrent et les dernières pensionnaires quittèrent l'école en 1972.
Depuis 1989, la congrégation a confié la direction de l'établissement à un directeur laïc mais des religieuses continuent à y travailler. Enfin, depuis la rentrée 1996 (l'année suivant mon départ), l'école est devenue mixte.
· Organisation administrative
L'école est dirigée par Monsieur Richard Tampigny, directeur laïc français, depuis 1989, qui représente la France, une directrice adjointe turque, Madame Gönül Orhonlu, l'aide dans ses fonctions et représente le gouvernement turc au sein de l'école. Deux religieuses représentent la congrégation de Notre Dame de Sion.
· Recrutement des élèves en 1994
Les élèves sont donc accueillies à la fin de leur scolarité primaire, à la suite d'un concours national écrit, en turc, de culture générale (type QCM) et moyennant une inscription payante annuelle. Le minimum requis des points pour l'admission est revu chaque année et les tarifs sont réactualisés chaque année, également, en fonction de l'évolution de la lire turque (en raison d'une très importante inflation). Il faut noter que le tarif reste élevé pour une famille turque moyenne. Un système de bourse et d'aide est cependant en place pour les élèves particulièrement brillantes ou en cas de problèmes intervenant en cours de scolarité (décès du chef de famille, par exemple).
· Organisation de la scolarité
Les élèves suivent pendant deux ans des classes dites préparatoires (hazirlik), où l'enseignement du français se fait de manière intensive. Aux cours de français viennent s'ajouter des cours de littérature et d'histoire turques, de dessin, de musique, de sport, d'instruction civique et d'instruction religieuse (pour les élèves musulmanes) en langue maternelle.
A la fin de ces deux années, les élèves sont capables de suivre en français, les programmes traditionnels des collèges de France dans les matières suivantes : le français, les mathématiques, les sciences physiques et les sciences naturelles. Leurs enseignements en turc (littérature turque, histoire et géographie turques, instruction civique, dessin, musique, sport et instruction religieuse) viennent s'ajouter à cela. Le collège dure trois ans. Puis, sur le même principe, elles effectuent les programmes du lycée pendant trois ans également.
Un diplôme vient sanctionner ces huit années d'études, leur permettant de présenter le concours à l'entrée des universités turques ou de poursuivre des études dans le système universitaire français.
· Après la réforme de 1997
Dorénavant, les élèves ne peuvent présenter le concours pour les écoles bilingues qu'à la fin du cycle primaire (qui comprend maintenant, je le rappelle, cycle primaire et collège). Le concours se passe comme précédemment au niveau national et de type QCM en turc. Cependant, les élèves n'effectuent plus qu'une année de préparatoire (hazirlik) de français intensif, puis intègrent directement le lycée pour trois ans. Le cursus à Notre Dame de Sion ne dure donc plus que quatre ans.
Cependant, la création d'un cycle primaire aux normes turques semble en projet.
· Le profil pédagogique de l'établissement
L'équipe pédagogique de Notre Dame de Sion est majoritairement composée de professeurs turcs pour toutes les matières enseignées en turc, anciennes élèves de l'école pour la plupart et appartenant très souvent aux minorités ethniques (juifs, arméniens ?) L'enseignement du français est réservé aux professeurs français, cependant certains professeurs turcs francophones assurent également certains cours en français.
Les professeurs natifs ont différents statuts : il y a des titulaires de l'Education Nationale qui ont été recrutés par le biais du Ministère des Affaires Etrangères avec, soit le statut d'expatriés, soit le statut de résident, leur contrat est, en général, de trois ans renouvelable une fois ; d'autres, non titulaires pour la plupart, sont recrutés localement, leur contrat est renouvelable chaque année. Ainsi, à un vivier permanent d'enseignants stables, s'ajoutent des professeurs apportant des savoir-faire récents ou des compétences particulières (en théâtre, en informatique etc.?)
En matière d'enseignement, le profil général de l'établissement est traditionnel, et l'on fait confiance à ce qui semble avoir fait ses preuves sur les générations précédentes. Cependant le lycée ne manque pas de moyens et est très bien équipé (salle vidéo, salle d'ordinateurs, grande bibliothèque pour les élèves du lycée, club de français pour les élèves des préparatoires?) et il ne recule pas non plus devant l'innovation.
Les équipes pédagogiques se retrouvent surtout par section (préparatoires 1 et 2, collège et lycée). Pour favoriser, par ailleurs, l'échange des pratiques pédagogiques et le travail en commun entre les professeurs des différentes classes, une heure de concertation commune par section est comprise dans l'emploi du temps de chaque professeur.


2. DESCRIPTION DIDACTIQUE

A. Présentation des acteurs

a) L'enseignante
De nationalité française, j'obtiens une licence de Lettres Modernes en 1992 à l'Université Jean Moulin de LYON et je n'ai à l'heure où je suis engagée par le directeur de Notre Dame de Sion aucune notion du F.L.E.. Je n'ai, par ailleurs, jamais enseigné.
Au cours de mon cursus scolaire, j'ai appris l'allemand et l'anglais ainsi que le latin et le grec ancien (études de Lettres Classiques jusqu'en 1991).
Ayant étudié la langue turque à l'Université d'Istanbul, dès mon arrivée en Turquie, pendant trois mois, et ayant travaillé par la suite au sein d'entreprises turques, j'ai une bonne connaissance de cette langue. Cette connaissance de la langue turque (même si elle est loin d'être parfaite), me sera souvent bien utile pour lier un meilleur contact avec les apprenantes ou pour aborder un problème de langue ou de civilisation.

b) Les apprenantes
En 1994, l'école n'est pas encore mixte, les élèves de préparatoires sont donc toutes des jeunes filles de 11 à 12 ans, sortant de l'école primaire et ayant réussi le concours d'entrée avec un nombre suffisant de points pour intégrer Notre Dame de Sion.
Elles ne parlent absolument pas le français (sauf quelques très rares élèves dont les parents eux-mêmes francophones ont commencé l'initiation de leur fille pendant les vacances précédant la rentrée à Notre Dame de Sion), mais elles sont toutes très motivées. Bien que les classes soient chargées (environ trente élèves par classe), c'est un groupe agréable à conduire, habitué à fournir les efforts nécessaires à la réussite (entraînement aux concours) et particulièrement discipliné (le système éducatif turc étant lui-même très strict : port de l'uniforme obligatoire, début et fin de semaine au son de l'hymne national devant la statue d'Atatürk ?).
Elles sont toutes (sauf quelques très rares exceptions) issues d'un milieu familial aisé, l'un des parents au moins étant souvent, pour la plupart, diplômé d'une école ou d'une université bilingue.

c) L'équipe pédagogique des premières préparatoires
L'équipe pédagogique des premières préparatoires est très soudée. Elle est essentiellement composée des trois professeurs de français (de nationalité française) qui sont en 1994 : une religieuse, enseignant dans cette section depuis de nombreuses années, qui sert de coordinatrice, elle est l'élément permanent de la section, un professeur certifié d'espagnol, ayant suivi un stage d'été du BELC, enseignant à Sion depuis deux ans et moi-même. Nous travaillons beaucoup ensemble, une heure de concertation hebdomadaire est prévue dans notre emploi du temps et nous la mettons à profit pour échanger idées, préparations pédagogiques, pour mettre au point des évaluations communes. Ajoutons à cela que notre projet pédagogique est identique et élaboré en commun au début de l'année (conformément aux exigences du Ministère de l'Education Nationale Turque).
Enfin, un collègue d'un collège voisin (Sainte Pulchéry), spécialiste de l'enseignement du F.L.E. (issu du C.L.A. de Besançon et détaché par le M.A.E.) nous regroupe le mercredi après-midi et nous forme à l'utilisation des nouvelles technologies en classe de F.L.E. et à l'élaboration d'exercices sur logiciel. Par ailleurs, ce même groupe travaille à l'élaboration d'une petite méthode d'apprentissage de la lecture et de la prononciation du français pour des apprenants turcs (cassette et livret). Je reviendrai sur ces travaux en groupe dans la partie pratique pédagogique.

B. L'objet d'enseignement

a) La langue enseignée
La langue enseignée est du français général et une importance égale est accordée à la pratique de la langue orale et de la langue écrite.
Cependant, une période (soit 40 minutes) sur un ensemble de 24 périodes hebdomadaires doit être consacrée à l'enseignement d'un minimum de vocabulaire scientifique. Par ailleurs, dans l'emploi du temps des apprenantes, deux périodes de mathématiques en français sont comprises. Un professeur leur enseigne les rudiments du vocabulaire de mathématiques en français tout en leur faisant faire des exercices afin qu'elles ne perdent pas leurs acquis de l'école primaire turque.

b) Savoir-faire recherché
Les élèves doivent sur deux années apprendre à manipuler suffisamment bien le français écrit et oral afin de pouvoir suivre des cours de français, mathématiques, sciences physiques et sciences naturelles en français d'un niveau égal (voire supérieur) à celui de collégiens en France.
L'objectif général du projet pédagogique annuel est : Apprendre à s'exprimer oralement et par écrit en français. Acquérir un français élémentaire permettant de s'exprimer et de communiquer dans les situations courantes de la vie et au quotidien. Compréhension du français écrit. Acquisition de notions de base d'éveil à la nature.

c) Savoirs grammaticaux, littéraires, culturels enseignés et pratiques de classe correspondantes

La progression grammaticale est très rigoureuse et suit la progression de la méthode audiovisuelle que l'ensemble des professeurs de préparatoires utilisent. Elle est étoffée par une méthode communicative qui vient apporter les savoirs culturels qui font défaut à la méthode structurale. De la lecture syllabique, les apprenantes passent à la lecture suivie de récits pour les enfants. Les différentes pratiques sont développées dans la troisième partie (pratique pédagogique) et les savoirs dans le projet pédagogique élaboré en commun, en annexe 2.

d) Les évaluations
· Système de notation : Un bulletin, sur lequel figure trois notes de 1 à 5 (5 étant la meilleure note et 1 la moins bonne) est remis tous les mois et demi environ à chaque apprenante. La première note correspond au français général (contrôle commun aux trois classes de la section), la seconde au contrôle continu (évaluations propres à chaque classe) et la troisième à l'expression orale. Les notes sur 5 du français général et du contrôle continu sont l'aboutissement d'une note sur 100 qui, selon le système turc établi, est remise sur 5 de la manière suivante :
de 0 à 44 = 1
de 45 à 54 = 2
de 55 à 69 = 3
de 70 à 84 = 4
de 85 à 100 = 5
Un bulletin général avec toutes les moyennes de toutes les matières est remis à chaque fin de semestre. En fin d'année scolaire, en classes préparatoires, obtenir 2 en français est indispensable au passage dans la classe supérieure. Si les parents font appel, les élèves des trois classes, dont la moyenne est insuffisante, sont soumises à un examen commun sur 100 à la rentrée scolaire. L'obtention de 2 (soit au moins 45/100) est alors impérative, sans quoi, l'élève refait sa première année de préparatoires.
· Fréquence des évaluations : La note sur 100 du contrôle continu est, en fait, le résultat d'évaluations formatives sur 10, 20 ou 30 (laissées à l'appréciation du professeur de la classe). La note sur 100 du français général est le résultat d'un devoir sur 100 ou de deux devoirs sur 50, communs aux trois classes de préparatoires. Cette notation a l'avantage d'obliger, en quelque sorte, l'enseignant a évaluer systématiquement ses élèves, ce qui leur est tout à fait profitable. Enfin, le système de concertation entre les enseignants et de devoirs communs obligatoires, contraint les trois enseignants de la même section à progresser au même rythme et permet aux collègues débutants d'être parfaitement encadrés. En fin d'année, les élèves des trois classes ont à peu près le même niveau linguistique et les mêmes savoirs et savoir-faire, ce qui n'est pas négligeable.
· Nature des évaluations : Les évaluations formatives sont, comme nous l'avons vu, très fréquentes et les apprenantes ne sont la plupart du temps pas prévenues. Il peut s'agir d'une dictée de mots ou d'une dictée de courtes phrases reprenant le vocabulaire et les structures étudiés précédemment, d'un exercice à trous, d'un exercice de transformations (singulier/pluriel, féminin/masculin, forme affirmative/forme négative), d'un travail d'expression écrite (explications à donner à partir d'un plan, narration, dialogue à imaginer). La durée des évaluations varie en fonction de l'exercice proposé, elles durent cependant généralement moins d'une période (1/4 d'heure, ½ heure environ). Les leçons doivent être apprises donc très régulièrement par les apprenantes. Cependant, une telle méthode d'évaluation a l'avantage de vérifier immédiatement les acquis ou non acquis et de permettre de retravailler les points difficiles avant l'évaluation sommative. En outre, le contrôle continu permet de rattraper un accident survenu lors de l'évaluation sommative commune. Chaque professeur prépare ses propres évaluations pour le contrôle continu, cependant un échange régulier se fait entre les professeurs.
Tous les mois et demi donc, une évaluation sommative commune est organisée. Sans surprise normalement, pour les apprenantes, cette évaluation, préparée en commun par les trois professeurs de la section, reprend le même genre d'exercices vus tout au long du contrôle continu. Elles sont prévenues à l'avance et ont le temps de réviser. Outre une dictée, des exercices structuraux et un exercice d'expression écrite, l'évaluation sommative comporte également toujours soit un exercice de compréhension orale (questions posées à partir d'un enregistrement inconnu), soit un exercice de compréhension écrite (questions posées à partir d'un texte écrit inconnu). Elle dure deux périodes.
L'évaluation de l'oral est plus problématique, comme toujours, moins systématique. L'enseignant tient compte de la participation en classe, de l'aptitude à répondre spontanément, de la prononciation, de la lecture, de la compréhension orale pour attribuer une note d'oral sur 5 (qui peut être le résultat de plusieurs interrogations successives, comme pour le contrôle continu écrit). Les élèves sont également interrogées sur des poésies qu'elles doivent apprendre.

C. La méthode

a) Les instructions officielles
La seule véritable exigence des instructions officielles turques en matière d'enseignement du français est l'établissement d'un projet pédagogique commun en début d'année, signés de tous les enseignants de la section. Le choix des manuels est laissé à l'appréciation des professeurs , mais doit être accepté par le Ministère de l'Education Nationale Turque.

b) Le matériel utilisé
Il faut noter que la religieuse coordinatrice a, au départ, une formation d'institutrice et que jusqu'à présent aucun spécialiste de F.L.E. n'a véritablement enseigné à Notre Dame de Sion. En outre, plusieurs méthodes sont utilisées ; l'enseignement du français étant intensif les activités doivent être variées d'une période sur l'autre afin d'éviter le phénomène de lassitude chez les apprenantes. Au cours de mes deux années d'enseignement, les méthodes utilisées - et ce depuis de nombreuses années, étaient les suivantes :
DE VIVE VOIX (D.V.V.)
Auteurs : MOGET, ARGAUD, BOUDOT, MARTIN
Date de parution : 1976 (2ème version)
Editeur : DIDIER/HATIER international Paris
Matériel enseignant : Livre du maître et guide pédagogique.
Matériel élève : Livre d'images.
Matériel collectif : Bandes magnétiques et films fixes.

DIABOLO MENTHE 1 et 2 (que l'on continue en deuxième préparatoire)
Auteurs : LANDGRAAF, CHARNET
Date de parution : 1988
Editeur : HACHETTE
Matériel enseignant : Livre du professeur et livre de l'élève.
Matériel élève : Livre de l'élève et cassettes des leçons.
Matériel collectif : Cassettes des leçons et des chansons.

Une méthode de lecture syllabique pour des apprenants de français langue maternelle
EN RIANT
Matériel enseignant : Photocopie du petit manuel.
Matériel élève : Photocopie du petit manuel.
que nous avons remplacé la seconde année par notre propre méthode de phonétique pour des apprenants turcs .
Matériel enseignant : Photocopies des différentes leçons et cassettes d'enregistrement des leçons.
Matériel élève : Photocopies des différentes leçons et cassettes d'enregistrement des leçons.

Un livre de lecture pour apprenants français
LIRE et COMPRENDRE Livre 2
Auteur : LICHET
Editeur : HACHETTE
Matériel enseignant : Livre 2.
Matériel élève : Livre 2.

Chaque classe de préparatoires a sa salle propre et chaque professeur possède, dans sa classe, une armoire contenant en début d'année tous les manuels et toutes les cassettes à distribuer aux élèves. Dans chaque classe, se trouve également le matériel nécessaire aux cours audiovisuels, à savoir un lecteur de bandes magnétiques et un projecteur de films fixes ainsi qu'un lecteur de cassettes. Le matériel est ancien, mais bien entretenu et d'utilisation relativement facile (après un peu d'entraînement pour D.V.V. ?)
L'enseignant a à sa disposition un tableau noir et de la craie. Chaque classe disposant de sa salle peut la décorer à sa guise. En outre, le lycée possède une salle informatique de quinze appareils et une salle vidéo bien aménagée, mais ne dispose malheureusement pas de laboratoire de langue.
En fait, il est tout à fait intéressant de remarquer que le lycée Notre Dame de Sion se caractérise par un mélange de tradition et de modernité. Une trop grande nouveauté effraie et on craint de tout bouleverser en matière d'enseignement, partant du principe que de nombreuses générations ont appris le français de telle manière et qu'il n'apparaît pas indispensable d'envisager une autre méthode (d'où l'utilisation encore en 1994 de la méthode D.V.V.), tandis que la direction ne recule pas devant certains aménagements ou toute autre forme de modernité, telle que l'utilisation des nouvelles technologies.
Il est vrai qu'avec le recul, les limites de la méthode De Vive Voix m'apparaissent clairement, même si Diabolo Menthe venait compléter certains manques. Cependant, débutant dans l'enseignement et en F.L.E., je me suis conformée à ce que mes aînés me conseillaient. Il faut noter toutefois que le travail fait en commun, notamment avec ce collègue spécialiste de l'enseignement du F.L.E. de Sainte Pulchéry, ainsi que l'arrivée de jeunes collègues titulaires d'une maîtrise F.L.E. a porté ses fruits et je sais que l'année de mon départ, un changement de méthode était enfin envisagé. D.V.V. a été abandonnée au profit de Fréquence Jeune et ce pendant trois ans, puis, suite aux réformes (désormais préparatoires au lycée), c'est la méthode Tempo qui est utilisée.

c) Les pratiques et les horaires
Les apprenantes ont environ six périodes (40 minutes de cours) de français par jour du lundi au vendredi, dont 24 avec le même enseignant.
L'enseignement du français étant intensif sur ces deux années de préparatoires, il est réparti de la manière suivante :
Chaque première heure de la journée est consacrée à la pratique intensive de l'oral et à la mise en place des structures grammaticales avec la méthode audiovisuelle D.V.V. L'heure suivante, nous réemployons abondamment, mais de manière plus libre, par rapport à la méthode, ces structures, qui sont ensuite appliquées à l'écrit à travers de nombreux exercices structuraux, souvent accompagnés d'un moment de réflexion sur la langue (leçon de grammaire ou de conjugaison).
Une période est consacrée à la prononciation phonétique en début d'apprentissage, puis, au cours de l'année, cette même période devient séance de lecture - compréhension / explication de textes, qui permet de revoir à l'écrit les différentes notions grammaticales abordées, mais aussi d'enrichir le vocabulaire et d'affiner la compréhension de l'écrit.
Une période est ensuite consacrée à une méthode communicative pour la jeunesse, Diabolo Menthe, qui vient compléter la pratique de l'expression orale à travers l'étude d'une langue plus moderne. La progression grammaticale de Diabolo Menthe a été jugée insuffisante par rapport aux objectifs fixés pour les préparatoires 1, cependant, son approche d'un français plus vivant et les différents thèmes qu'elle aborde, permettent tout à fait de compléter l'apport culturel qui fait cruellement défaut dans la méthode D.V.V.
La dernière période de la journée est généralement consacrée soit à l'apprentissage d'un vocabulaire scientifique rudimentaire, soit à l'étude et l'apprentissage d'un texte poétique (poésie, chanson ?) soit à des exercices en autonomie en salle informatique.


3. PRATIQUE PEDAGOGIQUE

M'étant trouvée directement en situation d'enseignement à plein temps, je relaterai dans cette partie les différentes pratiques pédagogiques mises en oeuvre chaque jour en fonction des diverses activités. En effet, ayant en charge mes élèves 24 périodes par semaine, soit environ 6 périodes par jour, afin d'éviter le phénomène de lassitude, ennemi de tout apprentissage, à chaque séance correspondait, comme nous l'avons vu, une activité nouvelle.
Au cours de mes deux années d'enseignement du F.L.E., j'ai eu la chance également d'avoir la visite gracieuse de l'Inspectrice des écoles Françaises , je détaillerai donc trois pratiques pédagogiques particulièrement différentes liées aux différentes méthodes que nous utilisons : D.V.V., Lire et Comprendre et Diabolo Menthe (dont deux auxquelles elle a assisté). J'ai volontairement choisi des leçons qui se situent à la même période de l'année. Je tenterai à chaque fois de porter un regard critique sur ces pratiques.
Je mettrai en évidence enfin, le travail de recherche particulièrement intéressant que nous avons effectué en équipe, avec les collègues des autres établissements français, expérience qui fut tout à fait profitable et enrichissante, chaque enseignant, au parcours pourtant très différent, apportant sa contribution personnelle.

A. Déroulement d'une séance de D.V.V.

a) Domaine d'apprentissage : Compréhension et expression orale.

b) Type d'activité : Acquisition des structures grammaticales.

c) Matériels impliqués : De Vive Voix - Didier- Hatier - Livre 1 - Leçon 6 (partie 1) Pierre et Mireille vont au cinéma. Un rétroprojecteur permettant de visionner les films fixes et un lecteur de bandes magnétiques permettant d'écouter les dialogues préenregistrés sont installés dans chaque classe de préparatoires. Les apprenantes disposent toutes d'un manuel d'images fixes, mais il n'est que très rarement utilisé en classe. Il leur permet de réviser à la maison les dialogues étudiés en classe.

d) Objectif de la leçon : Les pronoms personnels compléments, la localisation dans l'espace et le verbe vouloir (images 1 à 9).
e) Intégration dans le projet pédagogique annuel : Nous effectuons une leçon de D.V.V. par semaine à raison d'une période par jour. Cette leçon est étudiée vers la fin du mois de décembre .

f) Description générale : D.V.V. est une des premières méthodes audiovisuelles, la priorité est donnée à la langue orale. Les contenus de D.V.V. sont des dialogues enregistrés, fabriqués à fin didactique, associés à des images dessinées, fixes. La progression est grammaticale et l'objectif principal est que les apprenantes acquièrent les contenus lexicaux et grammaticaux du français fondamental, qu'elles soient capables de les répéter, puis de les réexploiter. Le contenu thématique est traité dans des situations, dont les sujets sont Pierre et Mireille, deux jeunes gens de bonne famille, qui se rencontrent par hasard au début de la méthode.

g) Modes d'animation pédagogique : La méthode de D.V.V. ne laissant que peu de liberté quant à son exploitation, l'animation pédagogique est très conforme à ce que préconise le guide pédagogique, particulièrement complet. C'est un outil très rassurant pour la débutante que je suis, puisque le déroulement de la leçon est parfaitement expliqué dans tous ses détails. La leçon est divisée en trois unités (images 1 à 9, images 10 à 15, images 16 à 20).
Les images fixes sont visualisées accompagnées de la bande une première fois intégralement. Puis, je reviens à la première image, sur laquelle je m'arrête, sans les dialogues. Les apprenantes sont sollicitées par des questions pour décrire ce qu'elles voient. A ce stade de l'année, elles sont capables de décrire une situation avec le vocabulaire dont elles disposent. Ensuite, le dialogue correspondant à cette première image est écouté et elles répètent chacune, chaque phrase du dialogue. Le sens est éclairé par des mimes, des synonymes. Grâce à une règle, j'explique sur l'image le vocabulaire concret. Je prends soin de ne rien traduire et je fais la sourde oreille à toute tentative de traduction en turc que quelques apprenantes émettent.
Lorsque nous sommes à la fin de l'unité, après que toutes les apprenantes ont répété les différentes parties du dialogue, je repasse les images sans la bande. Les apprenantes doivent retrouver les dialogues. Puis, nous transposons dans la classe les structures étudiées dans la leçon en faisant appel à l'interactivité entre les apprenantes. Ainsi, dans la première unité de la leçon qui correspond à cette première séance, nous travaillons les pronoms personnels compléments. A partir par exemple de structures telles que Tu vois Simge ? Oui, je la vois, les apprenantes sont invitées à retransposer cette structure deux par deux en utilisant le vocabulaire qu'elles connaissent.

h) Participation des apprenantes : Les apprenantes, jeunes filles issues de milieux bourgeois pour la plupart, se prennent totalement au jeu de Pierre et Mireille et attendent jour après jour les nouvelles aventures de ces deux personnages. Paradoxalement, le caractère démodé de D.V.V. n'est pas tellement perçu ou tout du moins n'est pas un handicape à la motivation des apprenantes. Par ailleurs, l'enseignement turc étant essentiellement fondé sur l'apprentissage par c?ur et la répétition, les élèves ne voient aucun inconvénient à répéter inlassablement des structures.

i) Prolongements : L'apprentissage grammatical repose essentiellement sur la progression de D.V.V. et chaque leçon est systématiquement prolongée par des exercices structuraux écrits qui fixent les acquis oraux, car il est indispensable que les apprenantes aient un niveau de français tout à fait satisfaisant puisqu'elles sont amenées à poursuivre un cycle français normal.

j) Evaluations : A chaque nouveau cours, je sollicite les apprenantes afin qu'elles retrouvent à partir des images fixes, découvertes la veille, le dialogue entre les personnages. Les structures apprises sont évaluées en outre, au cours des évaluations formatives et sommatives, comme nous l'avons vu précédemment.
Exemple d'une évaluation formative en fin d'unité 6 :
Complète par le pronom qui convient :
La dame est devant Pierre et elle ?.. gêne. L'ouvreuse demande à la dame d'enlever son chapeau mais elle veut ?.. garder. Pierre fait tomber ses lunettes : Mireille ?.. ramasse. Le monsieur a peut-être oublié sa valise à l'hôtel et il ?.. cherche de partout. Les enfants arrivent en retard et leur père ?.. gronde. Le bus est complet : le receveur ?.. empêche de monter dans le bus. Le ciel est dégagé et plein d'étoiles : Pierre et Mireille ?.. regardent.

k) Difficultés rencontrées et remédiations : La principale difficulté avec D.V.V. est bien évidemment d'actualiser un discours démodé et d'avoir une approche culturelle de la France et des Français, plus moderne. Les apprenantes ne peuvent s'empêcher de sourire lorsque Pierre et Mireille se vouvoient tout au long des leçons et il est nécessaire de leur expliquer que si un jour elles vont dans un cinéma en France, elles ne croiseront plus d'ouvreuse ou encore que les milk bars ne sont plus, depuis longtemps, les lieux de rencontre privilégiés de la jeunesse française?

l) Regard critique : Il est certain que si j'avais eu une formation en F.L.E. et un peu d'expérience de l'enseignement, j'aurais cherché à convaincre mes collègues d'utiliser une autre méthode. Cependant, D.V.V. avait le grand avantage d'être au niveau de la pratique pédagogique très rigoureuse et tout à fait rassurante pour un débutant, et j'ai sans doute eu raison alors, de suivre méthodiquement le guide pédagogique, évitant ainsi bien des erreurs.

B. Déroulement d'une séance de lecture expliquée

a) Domaine d'apprentissage : Compréhension écrite.

b) Type d'activité : Lecture suivie.

c) Matériels impliqués : Lire et comprendre - Hachette - Livre 2 ; Ali Baba. Le support est un petit livre de lecture, assez ancien (illustrations proches du noir et blanc), destiné aux élèves français des classes de l'école primaire. Chaque apprenante dispose d'un manuel. Ce que les élèves doivent inscrire sur leur cahier est noté au tableau.

d) Objectif général : Lire et comprendre un récit écrit.

e) Intégration dans le projet pédagogique annuel : Les différents récits de ce livre sont étudiés tout au long de l'année, dès que les apprenantes ont atteint un niveau suffisant pour pouvoir lire et comprendre des histoires suivies. Ali Baba est le second récit complet que nous étudions avec les enfants, son étude est programmée généralement pour la fin du mois de décembre. A la fin de cette étude, le film Ali Baba et les 40 voleurs avec Fernandel est visionné en salle vidéo. Une discussion est ensuite entamée ( éléments de comparaison entre le film et le récit étudié, préférence pour l'un ou l'autre, arguments à l'appui?).

f) Description générale : Ce récit, extrait d'un livre de lecture pour enfants francophones, fait l'objet d'une étude suivie. Tous les jours, une séance lui est consacrée et ce, pour une période d'un mois. Au cours d'une séance, plusieurs chapitres (généralement courts) sont étudiés. C'est l'occasion de revoir ou d'aborder certaines structures grammaticales, d'enrichir le vocabulaire et de stimuler la participation orale.

g) Modes d'animation pédagogique : Avant de commencer à étudier le passage en question, je sollicite une apprenante afin qu'elle fasse le résumé des chapitres précédents. Si sa prestation est incomplète, soit j'interroge une autre élève, soit les autres apprenantes sollicitent elles-mêmes la parole pour compléter les informations manquantes. Ensuite, je leur pose une série de questions auxquelles elles répondent en s'appuyant sur le livre. Les questions sont des questions de compréhension générale au début, par exemple, au chapitre II Où Ali Baba travaille-t-il ? Quel est son métier ? Lorsqu'il aperçoit les voleurs, que fait-il ? etc.
Au fur et à mesure, j'amène les apprenantes à retrouver les mots de vocabulaire nouveaux. Nous procédons ensuite à une recherche de synonymes ou d'antonymes parmi le lexique que possèdent déjà les apprenantes, afin de faciliter l'apprentissage de ces nouveaux mots. Ce travail est inscrit sur le cahier. Par ailleurs, une structure grammaticale est à peu près toujours repérable par chapitre, et donc au cours de la lecture suivie, soit nous en profitons pour revoir une structure déjà étudiée avec D.V.V., soit nous abordons une nouvelle structure qui sera ensuite étudiée plus systématiquement au cours d'une séance de D.V.V. Par exemple, au chapitre IV, nous revoyons les verbes pronominaux, tandis qu'au chapitre XIV, nous abordons l'étude du futur simple (les apprenantes connaissent déjà le futur proche), à partir de l'observation des verbes du texte. Les passages de dialogues sont transposés au style indirect, puisque à cette période de l'année, nous sommes en pleine étude du discours indirect. A la fin de la séance, l'explication du passage terminée, quelques apprenantes sont sollicitées pour relire à haute voix les chapitres expliqués.

h) Participation des apprenantes : Les apprenantes sont toutes très motivées, compte tenu de l'élitisme qui règne au sein de la classe. Le travail à la maison est fait très régulièrement et les leçons bien apprises. Elles sont donc toutes très volontaires pour faire le résumé, répondre aux questions. En outre, la lecture d'un conte des Mille et Une Nuits (proche de leur culture) les stimule particulièrement, et elles prennent un réel plaisir à lire ce texte. Par ailleurs, la participation est parfaitement réglée et le code de la distribution de la parole, après avoir levé le doigt, est tout à fait respecté, bien que chacune désire vivement répondre. Dans le cas de cette activité, l'enseignement est complémentaire et l'enseignant occupe une place centrale : en effet, je pose toutes les questions et je reçois toutes les réponses.

i) Evaluations : L'apprentissage du vocabulaire peut être évalué au cours de petits tests notés sur 5, cependant l'ensemble de la lecture peut faire aussi l'objet d'une évaluation sommative commune notée sur 50.

j) Difficultés rencontrées et remédiations : La principale difficulté rencontrée était d'adapter un texte a priori destiné à l'apprentissage de la lecture pour de petits Français afin d'en faire un outil pour des apprenantes de F.L.E. Cependant, le système d'explication que nous avions mis en place avec mes collègues (compréhension générale, lexique et structures grammaticales) me semble assez satisfaisant et adapté au niveau des apprenantes et à nos exigences. La seconde difficulté me semble être la répartition et la distribution de la parole. Bien que les apprenantes soient très motivées, certaines sont moins timides ou plus rapides que d'autres et la tentation est grande de se tourner toujours vers les mêmes pour obtenir une réponse. Je tente donc de répartir au mieux la parole et de solliciter constamment différentes élèves, même les moins bavardes. C'est une difficulté que je rencontre encore actuellement dans ma pratique de l'enseignement du français.

k) Regard critique : Je pense que ces moments de lectures suivies étaient particulièrement bien choisis et appréciés des apprenantes. Et la difficulté à faire coïncider intérêt en fonction de l'âge et capacité de lecture en français était partiellement résolue. En fin d'année, nous parvenions à leur faire lire une ?uvre intégrale, spécialement conçue pour des apprenants débutants de F.L.E., telle qu'une petite intrigue policière.

C. Déroulement d'une séance de Diabolo Menthe

a) Domaine d'apprentissage : Compréhension et expression orale.

b) Type d'activité : Expression orale.

c) Matériels impliqués : Diabolo Menthe - Hachette - Livre 1. Leçon 18 Quel temps fait-il ? Les apprenantes disposent toutes d'un manuel. En outre, nous avons par classe une cassette correspondant aux dialogues des différentes leçons, ainsi qu'un lecteur de cassettes. La leçon 18 comporte une bande dessinée sur la double page avec des commentaires.

d) Objectif de la leçon : Savoir donner des indications sur le temps qu'il fait.

e) Intégration dans le projet pédagogique annuel : Deux leçons de Diabolo Menthe par semaine sont effectuées. Cette leçon est étudiée environ vers la fin du mois de décembre.

f) Description générale : Les leçons de Diabolo Menthe viennent, en fait, compléter le travail fait avec D.V.V. En effet, cette méthode, plus communicative et plus moderne, complète le travail structural effectué à travers les dialogues de D.V.V.

g) Modes d'animation pédagogique : Je laisse aux apprenantes observer la bande dessinée, dont les illustrations sont très explicites sur le thème de la leçon. Puis, nous écoutons les textes et elles répètent chacune en fonction du prédécoupage prévue par la méthode. Ce travail, certes un peu répétitif est indispensable pour veiller à l'acquisition de la bonne prononciation pour chaque élève. Chaque image est analysée et je pose aux apprenantes de nombreuses questions, en rapport avec le thème de la leçon, pour qu'elles acquièrent les structures il fait ? ou il y a ?. Afin de rompre avec le cours présentiel et en vue d'organiser une certaine interactivité dans la classe, je leur demande également de se poser mutuellement par deux, devant l'ensemble de la classe, des questions sur les différentes images et d'y répondre. Je les sollicite pour qu'elles s'expriment le plus possible à partir d'une image. A ce stade de l'année, en apprentissage intensif, les élèves sont déjà tout à fait capables de commenter des images et d'exprimer avec leur propre vocabulaire, ce qu'elles voient. La leçon Observe est lue. Je leur fais trouver des synonymes, l'infinitif des verbes, dire le contraire ? Les activités 1 et 2 sont ensuite effectuées par écrit sur leur cahier, puis corrigées. A partir d'une autre carte météorologique, un travail oral d'exploitation est fait en classe en interactivité. Chaque apprenante est sollicitée pour poser des questions à une autre apprenante qui joue à Monsieur Météo. Nous en profitons pour réviser les directions (nord, sud, est, ouest). Le vocabulaire et les structures grammaticales sont ensuite recopiés sur le cahier à partir du tableau. Enfin, la fiche d'exercices est distribuée et les exercices sont commencés en classe.

h) Participation des apprenantes : Les apprenantes sont encore très motivées et se prêtent parfaitement aux jeux interactifs. Par ailleurs, les leçons de Diabolo Menthe leur paraissent souvent plus faciles et le contenu plus attrayant que les dialogues, un peu démodés, il faut le reconnaître, de D.V.V.. Diabolo Menthe joue parfaitement son rôle de méthode complémentaire récréative.

i) Evaluations : Les acquis de Diabolo Menthe sont évalués au cours des évaluations sommatives que nous effectuons tout au long de l'année. Cependant, après chaque leçon, une page d'exercices, inspirées du cahier d'exercices de Diabolo Menthe, est effectuée en classe ou à la maison et corrigée en classe, afin de vérifier l'acquisition des notions étudiées.

j) Difficultés rencontrées et remédiations : La principale difficulté (liée à un manque d'expérience) est que j'ai beaucoup de mal à me détacher du manuel et du déroulement de la leçon telle qu'elle est présentée dans le manuel . En effet, pour la leçon sur le temps qu'il fait, il aurait été bon, par exemple, de partir de l'observation du temps qu'il faisait ce jour-là à Istanbul. Par ailleurs, au moment de la répétition, je me suis totalement fiée à la découpe prévue par les auteurs de Diabolo Menthe et une perte du sens m'a été reproché, à juste titre, par l'inspectrice. Il est clair qu'avec de l'expérience, l'enseignant parvient à se détacher de son manuel, ce qui est relativement difficile au début.

k) Regard critique : Cette méthode qui aurait été insuffisante en unique ouvrage d'apprentissage, compte tenu de nos exigences, convenait parfaitement pour tout l'apport culturel et son côté "jeune" (méthode destinée à de jeunes adolescents). Les pages Revue pour tous servent de déclencheurs à des discussions, les chansons sont également très appréciées.

D. Activités diverses
Je tiens à relater dans cette dernière partie, diverses activités auxquelles j'ai pris part qui m'ont particulièrement apporté, ainsi qu'aux apprenantes. En effet, avec un collègue spécialiste en F.L.E. d'une école voisine, nous avons formé une équipe dynamique de recherche et de réflexion sur notre enseignement.
a) Le français en salle informatique : L'école Notre Dame de Sion était déjà en 1994 bien équipée en matériel informatique. Un ordinateur avec imprimante était à la disposition du personnel enseignant et l'école possédait une salle informatique de quinze appareils comportant de nombreux logiciels d'exercices avec une imprimante reliée.
Les logiciels qui étaient à notre disposition étaient les suivants : Eurocentres (de Christopher Jones), Verbapuces (de J. Colpaert, P. Decavele, W. Decoo, Van Hauwe), Exonathan 6ème, Conte II (de A. Lambert), Lire les auteurs (de M. Mouquette, J.P. Jourdan, J. Audran).
Ainsi, avec le collègue coordonnateur, nous nous réunissions tous les mercredis après-midi pour faire des banques d'exercices sur le premier logiciel (logiciel ouvert) et pouvoir les exploiter ensuite. J'ai donc emmené mes apprenantes une période par semaine durant toute l'année en salle informatique. En binôme, elles travaillaient la conjugaison, les structures grammaticales, mais aussi la compréhension orale ; ainsi, à partir d'un texte enregistré, d'un dialogue ou d'une chanson, elles faisaient les différents exercices proposés. A partir de la chanson Nathalie de G.Bécaud par exemple, elles devaient répondre à des questions, retrouver le texte etc. Même si nous n'étions pas encore à l'heure du multimédia, le travail en salle informatique permettait de rendre le cours plus attrayant, plus ludique. Le travail de groupes se trouvait également favorisé : deux élèves par poste, le professeur circulant dans la salle, allant d'un groupe à l'autre, afin de résoudre les éventuels problèmes.
Le score affiché servait d'évaluation et là encore, les apprenantes se prenaient parfaitement au jeu.

b) Apprentissage de la lecture et phonétique : L'un des principaux problèmes rencontrés était l'apprentissage de la lecture et de la phonétique. Les méthodes utilisées (D.V.V. et Diabolo Menthe) ne prévoyaient rien pour l'apprentissage de la lecture, or il était indispensable que nos apprenantes lisent et prononcent correctement le français rapidement, car nous commencions une lecture suivie environ deux mois après le début de l'année scolaire. La méthode utilisée alors, EN RIANT, était non seulement en très mauvais état (photocopies abîmées), mais en plus vraiment très ancienne et totalement inadaptée à un public de F.L.E. Nous avons donc décidé de mettre au point notre propre méthode , adaptée à un public jeune et turcophone. Nous avons ainsi établi plusieurs leçons avec enregistrement sur cassette, afin de distribuer également ces cassettes aux apprenantes pour qu'elles puissent travailler seules, à la maison, leur prononciation. Nous avons voulu donner un caractère volontairement ludique aux différentes leçons et insister sur l'intonation et les difficultés propres aux turcophones. Il était important de donner du sens aux énoncés et d'utiliser tant que possible un vocabulaire concret, compréhensible par les apprenantes à ce niveau d'apprentissage, ce qui n'était pas toujours le cas pour l'ancienne méthode. J'ai trouvé cette expérience vraiment intéressante et même si la méthode n'a pas été publiée et qu'apparemment elle a été abandonnée par les nouveaux collègues qui n'en ont pas été les initiateurs, nous l'avons utilisée avec succès la seconde année et ce travail de réflexion sur l'apprentissage de la lecture et de la prononciation du français à des apprenants étrangers a été très motivant et m'a beaucoup apporté.

c) Le français en chantant : Dans la même perspective d'aborder l'étude et la pratique de la langue sous les aspects les plus variés, nous consacrions une séance par semaine à l'apprentissage et à la diction soit d'un texte poétique, soit d'une chanson. Nous avons découvert une méthode, Le français en chantant de V. Heuzé et J.C. Delbende, DIDIER, particulièrement ludique que nous exploitions avec succès, pendant cette période. Les textes de cette méthode en effet, sont non seulement adaptés au niveau des élèves, souvent centrés sur un thème ou une notion d'apprentissage (les chiffres, les courses, les sons [s] et [z], les parties du corps et les animaux ?) mais également drôles et souvent susceptibles d'être accompagnés de mimes et de jeux de scène. Nous utilisions également les chansons présentes dans la méthode Diabolo Menthe (une cassette de chansons avec les textes), mais généralement plus tard dans l'année, car les textes en revanche ne sont pas toujours adaptés au niveau réel en langue des apprenantes, elles sont plutôt abordées pour leur aspect culturel. Par ailleurs, ces textes (poèmes ou chansons) faisaient également l'objet d'un prolongement par des exercices ludiques (dessins à relier par exemple) ou en salle informatique grâce au logiciel ouvert sur lequel nous concevions différents exercices que les apprenantes effectuaient ensuite.

4. CONCLUSION

Il est indéniable que cette expérience de l'enseignement du F.L.E. fut tout à fait positive.
En effet, non seulement, elle a développé en moi le goût pour l'enseignement (c'est au cours de ces deux années que j'ai décidé de passer le CAPES), mais aussi le goût pour enseigner ma langue à un public d'apprenants étrangers, puisque j'ai ensuite choisi d'approfondir mes connaissances en préparant la maîtrise de F.L.E.
Il faut dire que le contexte d'enseignement du français en Turquie est particulièrement enthousiasmant pour un enseignant débutant. Les conditions sont idéales, tant en ce qui concerne le public, que les moyens mis à disposition. La cohésion de l'équipe pédagogique et le travail de recherche inter établissements furent particulièrement propices à un travail de groupe de qualité et cette méthode de travail en commun, si profitable, et pourtant si rare dans le métier, m'a permis non seulement de démarrer dans l'enseignement en toute confiance et sécurité et mais aussi sans doute d'éviter bien des erreurs.
J'espère donc avoir su rendre dans ce rapport l'enthousiasme et la volonté d'aller toujours plus loin qui m'ont habitée durant ces deux années et qui continuent de motiver mon enseignement.
Les annexes ci-jointes me sont apparues indispensables à l'ensemble du dossier et sont pour la plupart (annexes 4, 5, 6 et 8) des documents auxquels j'ai directement participé.


ANNEXES

1. Plan actuel du lycée français Notre Dame de Sion
2. Projet pédagogique annuel 1994-1995
3. Rapport d'inspection
4. Exemple d'évaluation sommative
5. Tentatives d'évaluation de l'oral
6. Exemple d'évaluation sur le conte Ali Baba
7. Leçon 18 et exercices de Diabolo Menthe
8. Extraits de la méthode de lecture et phonétique
9. Extraits de la méthode Le français en chantant

LIENS sur la Turquie

Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur la Turquie et les Turcs...

Un très beau site, présentant une Turquie insolite

L´ambassade de France en Turquie (Ankara)

Le consulat de France à Istanbul

Le Lycée Pierre Loti

L´Institut français d´Etudes Anatoliennes

Istanbul