Je vous propose de réviser ensemble la technique de la dissertation à partir d'un exemple ....

Rappel de quelques points essentiels sur la dissertation

J´évalue ma dissertation (grille d´évaluation).

Un exemple de dissertation rédigée à partir d´un sujet sur Partie de campagne de Maupassant et Renoir.

RAPPEL DE QUELQUES POINTS ESSENTIELS

La dissertation est une argumentation à partir d´une problématique littéraire et illustrée d´exemples littéraires.

Après avoir lu ATTENTIVEMENT plusieurs fois, le corpus de textes et répondu aux questions, si vous vous êtes décidés pour la dissertation, vous devez consacrer un long moment à la lecture du sujet.

Et tout d´abord, vous devez analyser le sujet.

Analyser le sujet c´est :

· Etudier le libellé du sujet

Vous devez déterminer les différentes parties du sujet et mettre en évidence les mots-clefs qui permettent de dégager le problème soulevé.

N´oublez pas d´observer le texte d´où est tiré la citation et d´étudier son contexte pour mieux comprendre ce que l´auteur veut dire.

Analyser le sujet c´est :

· Dégager une problématique

Il s´agit de formuler clairement le problème posé (généralement sous la forme d´une question).

A présent, vous pouvez penser à élaborer le plan de votre devoir.

Il existe trois types de plan possibles, vous choisirez votre type de plan en fonction de la citation et de la consigne du sujet.

· Le plan dialectique
Convient aux sujets invitant à prendre parti pour ou contre une thèse, ou à envisager successivement des opinions opposées.
1) Certes on peut admettre que....
2) Cependant ...
3) Elargissement ou dépassement.

· Le plan analytique
Convient aux sujets invitant à définir certaines notions du libellé.
1) Repérage des critères possibles de définition, d´interprétation.
2) Examen des différents points de vue selon un ordre progressif.
3) Point de vue synthétique.

· Le plan mixte
Convient aux sujets nécessitant une explication ou une définition avant une discussion.
1) Description d´un état de fait, analyse d´une citation.
2) Explication.
3) Discussion.

N´oubliez pas de rédiger un plan détaillé avec vos arguments et exemples. Recherchez des arguments pour développer chaque sous-partie et des exemples littéraires précis (une sous-partie = un argument illustré d´un exemple développé).

Votre plan détaillé prêt, vous pouvez passer à la rédaction de la dissertation.

Tout devoir de français doit comporter :

· Une introduction
· Deux ou trois grandes parties
· Une conclusion

N´oubliez pas de :
· Sauter des lignes entre les grandes parties (intro/développement1/développement2/.../conclusion)
· Faire un alinea entre chaque sous-partie.
· Une sous-partie = un argument illustré d´un exemple bien choisi.
· Utiliser les connecteurs logiques.
· Faire une phrase d´introduction et une phrase de conclusion pour chaque partie.
· Faire une phrase de transition entre les parties.

Pensez à rédiger votre introduction et votre conclusion avant le corps du devoir pour ne pas bâcler votre conclusion.

Soignez tout particulièrement votre introduction qui comportera les trois parties suivantes :

· Présenter le sujet
· Dégager la problématique
· Annoncer le plan qui sera suivi

La conclusion, quant à elle, comportera les parties suivantes :

· Résumer rapidement, mais précisément la réflexion menée.
· Apporter une réponse claire au problème que l´on s´est posé.
· Ménager une ouverture.

UN EXEMPLE DE DISSERTATION REDIGEE (merci à son auteur, ma collègue, Delphine Eyraud deyraud@club-internet.fr)

Sujet de dissertation
Un critique écrit à propos de Partie de campagne de Renoir : "Exemple rarissime "d'une adaptation" semblable et différente, autre et même, même et autre ". Vous justifierez ce jugement en vous appuyant sur une analyse précise de la nouvelle de Maupassant et du film de Jean Renoir.

En 1936, Jean Renoir se lance dans le tournage d'Une Partie de campagne. Pourtant partisan déclaré du scénario original, il choisit cette fois encore de réaliser l'adaptation d'une œuvre littéraire, cette fois-ci une nouvelle de Maupassant. On peut s'interroger sur ce choix, d'autant plus curieux que Renoir filme Une Partie de campagne en plein Front Populaire (1936) et juste après avoir réalisé un long-métrage pour le parti communiste (La Vie est à nous) : il se tourne résolument vers un sujet moins politique.
Alors pourquoi avoir porté son dévolu sur cette nouvelle de Maupassant ? Il s'en explique lui-même dans Ma Vie et mes films : " L'histoire d'un amour déçu, suivi d'une vie ratée peut être le thème d'un épais roman. Maupassant, lui, en quelques pages nous dit l'essentiel. C'est la transposition à l'écran de cet essentiel d'une grande histoire qui m'attirait ". On voit que dans ces quelques lignes Jean Renoir définit les enjeux de l' " adaptation " cinématographique de la nouvelle littéraire de Maupassant. Ainsi, pour interpréter et analyser le film de Renoir, il est fondamental de s'interroger sur les choix opérés par le réalisateur dans son travail d'adaptation. Un critique a déclaré à propos d' Une Partie de campagne, que c'est " l'exemple rarissime "d'une adaptation" semblable et différente, autre et même, même et autre ".
Cette déclaration met en évidence à la fois l'extrême proximité des deux œuvres, la fidélité de Renoir dans son adaptation et en même temps montre, sous forme de paradoxe, la spécificité créatrice de Jean Renoir, la différence dans la similitude, d'une œuvre qui n'est " ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre " pour reprendre les mots de Verlaine.
Au-delà de cette interrogation sur l'identité et l'altérité de l'œuvre cinématographique, on va essayer de montrer dans un premier temps en quoi Renoir reste fidèle, structurellement, thématiquement et symboliquement à la nouvelle de Maupassant, bien que le passage d'un langage à l'autre, du récit à l'image, implique nécessairement un certain nombre de transferts, de métamorphoses, inhérents à la transposition. Puis, on mettra en évidence la part créatrice de Jean Renoir, et l'on montrera comment il a su insuffler à la nouvelle naturaliste une atmosphère bien à lui.

PROPOSITION DE PLAN

I. Une reprise fidèle
A) Jean Renoir conserve l'intrigue et la structure d'ensemble de la nouvelle, avec sa chute inattendue.
B) Jean Renoir conserve les traits caractéristiques de chaque personnage, utilise le même schéma actantiel et exploite tous les thèmes de la nouvelle. La fidélité va jusqu'à la reprise de détails.
C) Jean Renoir reprend le symbolisme de la nouvelle de Maupassant : le pessimisme, la critique de la petite bourgeoisie, l'amour impossible dans une société aux conventions sociales figées.

II. Une adaptation : le passage d'un langage à l'autre implique des " transpositions "
A) La mise en dialogues : de nombreux dialogues ajoutés, qui parfois transposent des éléments développés dans le récit, parfois ajoutent de nouvelles données.
B) La mise en images et la mise en musique : exemple de la scène d'amour.
C) Jean Renoir veut garder " l'essentiel " de la nouvelle de Maupassant. Il va pour cela resserrer encore davantage l'intrigue, mais pour rester fidèle à Maupassant.

III. Une création
A) Jean Renoir montre une plus grande tendresse pour les personnages : sa critique est moins féroce ; il multiplie les personnages secondaires.
B) La tonalité du film est plus légère, plus conforme à l'esprit allègre du réalisateur : de nombreux passages comiques ou grivois sont ainsi exploités pour eux-mêmes.
C) Enfin, Renoir met en place dans son film des choix esthétiques propres : de la métaphore de la pêche à la scène de l'escarpolette, Jean Renoir crée des motifs symboliques qui lui sont propres et qui sont de véritables trouvailles.

LA DISSERTATION REDIGEE

Ce qui frappe avant toute chose dans cette adaptation cinématographique de la nouvelle de Maupassant par Jean Renoir c'est la reprise presque exhaustive de tous les éléments présents dans le texte. Il ne s'agit pas là d'une adaptation libre, mais bien d'une reprise fidèle du texte.
Tout d'abord, de manière significative, Jean Renoir respecte le format court de la nouvelle en proposant un court métrage de cinquante minutes et non un long métrage. Puis, on peut voir que Jean Renoir conserve la structure d'ensemble de la nouvelle et les principaux éléments de l'intrigue. Ainsi, le récit de Maupassant est organisé en trois parties : un bref préambule, qui correspond au premier paragraphe de la nouvelle, un long développement avec deux moments, l'arrivée et le déjeuner sur l'herbe des parisiens, puis la promenade en yole ; enfin, une chute en deux temps, avec deux ellipses temporelles indiquées par les modalisateurs temporels " Deux mois après ", et "L'année suivante ". Le film reprend, sans préambule, les deux grandes séquences de la nouvelle, respectivement de seize et dix-sept minutes, ponctuées par des fondus au noir : la première évoque l'arrivée des parisiens à la campagne et le déjeuner sur l'herbe ; la deuxième retrace la promenade amoureuse en yole des deux couples illégitimes. Puis la brutalité de la chute est reprise dans la troisième séquence du film, qui est réduite à trois minutes, ponctuée par un fondu au noir, et qui annonce l'ellipse temporelle par un carton : " Des années ont passé avec des dimanches tristes comme des lundis (...) ".
De manière encore plus évidente, le canevas de l'intrigue et la thématique d'ensemble, comme l'indique bien la similitude des titres sont repris point par point : une famille de quincailliers à Paris se propose de passer une journée à la campagne, ils arrivent sur les bords de la rivière, et décident de s'arrêter pour déjeuner dans le restaurant de M. Poulin - orthographié Poulain dans le film -. Là, la famille va rencontrer deux jeunes canotiers, qui vont séduire la mère et la fille, par le truchement d'une balade en yole. Ce moment de bonheur ne sera qu'éphémère : la chute de la nouvelle et le dénouement du film nous présentent la jeune Henriette, malheureuse et mariée au commis de son père.

En ce qui concerne les personnages, on peut là encore noter que Renoir observe une grande fidélité. Il reprend le schéma actantiel de la nouvelle : l'objet de la quête c'est la conquête d'Henriette, le sujet est Henri, les opposants sont M. Dufour et son commis, tandis que les adjuvants sont Mme Dufour et l'autre canotier. Il reprend surtout de manière plus révélatrice le schéma du couple omniprésent dans la nouvelle et le film. L'organisation stable de la famille est bouleversée par l'arrivée impromtu des deux séducteurs. Les couples légitimes (Mme Dufour et M. Dufour ; Henriette et Anatole) vont se défaire. Dans la première étape on retrouve les deux femmes et les deux hommes formant deux nouveau groupes, puis c'est une nouvelle recomposition avec les deux canotiers. Enfin, à la fin, le couple de raison a gagné et Henri est impuissant à constituer un triangle amoureux. Seule la grand-mère est isolée et dans le film comme dans la nouvelle, on lui donne un partenaire substitut : le chat...
De plus, non content de conserver chaque personnage ébauché par Maupassant, Renoir garde leurs traits les plus caractéristiques : ainsi de Mme Dufour il souligne les formes abondantes largement raillées par Maupassant et repend en les amplifiant les " cris perçants " que l'auteur lui attribue dans la nouvelle lors de la scène de l'escarpolette. Le " jeune homme aux cheveux jaunes " de Maupassant, désigné métonymiquement par ses cheveux, se voit à l'écran doté d'une tignasse indomptable, qui reprend bien le motif satirique contenu dans cette expression péjorative. Il reprend les motifs de la caricature ébauchés dans la nouvelle où le commis apparaît comme un personnage falot, qui se manifeste par son appétit et ses maladresses -il tousse notamment sur la robe cerise de Mme Dufour... Henriette décrite par Maupassant comme une belle fille " dont la rencontre dans la rue vous fouette d'un désir subit " apparaît dans le film comme " épatante ", " on l'habillerait un peu qu'elle serait pourrie de chic ! ". Pour M. Dufour, mari cocu qui échange sa femme contre deux cannes à pêche, Maupassant soulignait la laideur et le goût pour la boisson, motifs là encore repris par Renoir. Enfin, Renoir reprend le motif sensuel des bras nus des canotiers, motif qui, dans le film, apparaît dans la réplique de Mme Dufour : " Avec votre petit maillot vous avez l'air tout nu ! ".
La fidélité de Renoir va ainsi jusqu'à l'utilisation des moindres détails. On peut en trouver d'autres exemples. Ainsi, si Renoir ne pouvait dans son film en noir et blanc transcrire cette signifiante notation sur Mme Dufour " s'épanouissant dans une robe de soie cerise extraordinaire, il reprendra ailleurs le motif de la cerise, en installant la famille Dufour sous un cerisier et en faisant cueillir le fruit défendu par Henriette... Dans la nouvelle, Mme Dufour se " trémoussait continuellement sous prétexte que des fourmis lui étaient entrées quelque part " puis plus loin " prise de suffocation " dégrafe sa robe. Renoir va opérer un raccourci et c'est à cause des fourmis que Mme Dufour demandera à sa fille de la dégrafer pour la gratter.
Cette attention amusée que Renoir prête à tous les détails de la nouvelle s'explique probablement par l'esthétique même de la nouvelle dont la forme resserrée oblige l'auteur à ne garder que les détails signifiants : dans le récit court, tout est signifiant. C'est pourquoi peut-être Renoir réutilise tout ce matériau pré-existant.

Enfin, on retrouve dans le film la même portée symbolique que dans la nouvelle : tout d'abord, Renoir reprend les motifs de la critique de la petite bourgeoisie, dont les ridicules sont dénoncés par le réalisateurs comme par Maupassant. Lorsque Maupassant dénonce en une phrase lapidaire, " l'espérance de prendre du goujon, cet idéal des boutiquiers ", Renoir expose dans des scènes hautement comiques tous les ridicules de M. Dufour et Anatole en " pêcheurs du dimanche " : je pense notamment aux scènes au bord de la rivière où M. Dufour donne des leçons de vie au jeune Anatole, qui confond " chevesne " et " cheval "
Et surtout, Renoir, d'un tempérament pourtant généralement plus léger, reprend ici le pessimisme profond de la nouvelle de Maupassant. C'est ici le drame d'une vie gâchée qui se joue sous nos yeux. L'amour, goûté lors d'une après-midi fugace, obscurcira toute la vie de Henriette au lieu de l'éclairer. Son initiation sexuelle teintera de regrets éternels l'existence entière qu'elle doit passer aux côtés d'un être médiocre et tyrannique. Ces regrets sont soulignés dans la réplique, reprise textuellement par Renoir, " Moi, j'y pense tous les soirs " qui clôt de manière irrémédiable le film et la nouvelle.

Malgré cette fidélité évidente au texte, qui va jusqu'à, comme on l'a souligné, influencer les choix esthétiques de Renoir, il est tout aussi évident que l'adaptation d'un texte à l'écran implique un certain nombre de modifications : Renoir va nécessairement procéder à des choix, inévitables, dans le passage d'un langage à l'autre. L'adaptation ne peut certes être une simple illustration ! Néanmoins, Renoir veut globalement rester fidèle à l'esprit de l'œuvre : il veut transposer à l'écran " l'essentiel " de la nouvelle de Maupassant.
Le passage du récit au cinéma implique tout d'abord nécessairement une hypertrophie des dialogues. Renoir ne peut se contenter des quelques répliques présentes dans la nouvelle de Maupassant : il y là tout un matériau nouveau à créer. De nombreux dialogues sont ainsi ajoutés par Renoir. Parfois, à l'origine de ces dialogues, il y a des d'éléments qui figuraient dans le récit et que Renoir va exploiter sous une autre forme, répondant là aux contraintes du langage cinématographique. Ainsi, dans la nouvelle, Maupassant nous décrit, lors de la promenade en yole, en focalisation zéro, la montée du désir chez Henriette : " un besoin vague de jouissance, une fermentation du sang parcouraient sa chair excitée par les ardeurs de ce jour ". Jean Renoir va transposer ce passage narratif dans un dialogue entre Henriette et sa mère, qui sert de préambule à la promenade en yole : Henriette interroge sa mère sur l'émoi qu'elle ressent : " Est-ce que tu sentais une espèce de tendresse pour l'herbe, pour l'eau, pour les arbres... Une espèce de désir vague, n'est-ce pas ? ". Les correspondances métaphoriques que Maupassant dessinait entre les désirs diffus d'Henriette et la " chaleur torrentielle qui ruisselait autour d'elle " sont reprises par Renoir sous la forme d'un panthéisme diffus exprimé naïvement par la jeune fille. Ici , on le voit, le motif de départ est repris et exploité par le cinéaste. De même le thème de la canne à pêche est déjà présent dans le texte de Maupassant - c'est bien contre des cannes à pêche que M. Dufour va échanger sa femme - , Renoir va le développer et cela donnera lieu à de nombreux dialogues entre les deux canotiers ou entre M. Dufour et Anatole.
Ailleurs, au contraire, les dialogues ne partent pas d'un motif pré-existant : ainsi Maupassant doit donner de l'épaisseur aux canotiers qui sont à peine ébauchés dans le récit de Maupassant - à tel point que Rodolphe n'est pas même nommé. C'est pourquoi Renoir esdt contraint d'ajouter des dialogues : ceux dans l'auberge, avec M. Poulain ou bien les dialogues entre les deux jeunes gens, débattant de l'éthique amoureuse et des risques liés aux aventures.

Au-delà des dialogues, le film implique des contraintes diverses, fort éloignées des contraintes du texte littéraire, contraintes qui empêchent un quelconque mimétisme. En effet, Jean Renoir doit avant tout mettre en images des mots, passer de la page du livre aux images et à la bande-son, ce qui va entraîner là, on s'en doute, tout un travail de création. Le traitement magistral de la scène d'amour est ici un exemple saisissant de la créativité de Renoir dans l'adaptation du texte. Certes, tous les " préliminaires " de la scène d'amour sont repris pas à pas par Maupassant et l'on peut les reprendre en parallèle : " la jeune fille pleurait toujours " devient dans le scénario : " Henriette essuie doucement une larme " ; dans la nouvelle on a : " il la baisa sur les lèvres. Elle eut une révolte furieuse et, pour l'éviter se rejeta sur le dos. Mais il s'abattit sur elle, la couvrant de tout son corps "; dans le scénario : " Plan moyen d'Henri cherchant à embrasser Henriette qui se refuse. Elle se renverse en arrière. Il se couche sur elle. On reprend en plan rapproché leurs visages ". Mais, on s'en souvient, Maupassant dans la nouvelle usait, de manière très audacieuse, pour décrire précisément l'acte sexuel entre Henri et Henriette d'un contournement métaphorique avec le rossignol, symbole romantique ici détourné. Comme les conventions de l'époque ne lui permettent pas de décrire crûment la scène d'amour, il utilise un code et fait de l'oiseau, " avec ses pâmoisons prolongées et ses grands spasmes mélodieux " un simulacre évocateur de l'acte d'amour. Le cinéaste, lui aussi contraint par le code de la pudeur à un évitement, peut néanmoins difficilement réutiliser cette métaphore... Il utilise alors des techniques cinématographiques, et non littéraires, pour suggérer l'union sexuelle : tout d'abord, le motif musical dramatique va souligner la scène et signifier l'abandon d'Henriette. Puis surtout, Renoir va symboliser l'acte sexuel par un cadrage et un montage travaillés métaphoriquement. Ainsi, il filme le baiser en très gros plan ; puis, au plan suivant, il filme un plan fixe qui montre l'œil unique d'Henriette disposé verticalement, ce qui suggère son abandon à Henri ; enfin il reprend dans son montage la technique de l'ellipse, avec un fondu enchaîné qui montre un plan moyen d'Henriette allongée aux côtés d'Henri. Le malaise qui suit l'union des deux amants va là encore être transfigurée de manière magistrale. Ainsi, Maupassant écrivait dans la nouvelle, après l'acte sexuel : " le ciel bleu leur paraissait obscurci, l'ardent soleil était éteint pour leurs yeux (...), ils semblaient devenus ennemis irréconciliables... " ; Renoir, au départ affligé par les conditions météorologiques, va finalement utiliser le mauvais temps, cet élément du hasard, pour réactiver cette métaphore du texte et dans les plansqui suivent l'acte sexuel, il filme la pluie s'abattant sur la rivière, pluie qui noie symboliquement toutes les espérances de la jeune fille.

On voit finalement que la créativité de Renoir s'engouffre dans un certain nombre de brèches. Il ne se contente pas de nous livrer un pâle copie, loin de là. En effet, ce qui intéresse le cinéaste dans la nouvelle de Maupassant, c'est la puissance de ce drame concentré, la charge dramatique qu'il véhicule et en même temps l'universalité du thème. C'est pour lui une épure en quelque sorte d'un drame naturaliste. Et, s'il modifie des éléments, c'est pour rester fidèle en réalité à l'écriture de Maupassant. Ainsi, il va resserrer encore plus, de manière inattendue, la diégèse, alors que, en général, le film tend à l'expansion : ainsi, il fait l'économie de tout le trajet en carriole des Dufour et supprime la visite d'Henri à la quincaillerie des Dufour. On peut s'interroger sur un tel choix. Il me semble que c'est pour dramatiser encore plus la nouvelle : par exemple, au lieu de réserver une chute en deux temps, comme Maupassant - Henri s'arrête deux mois après à la quincaillerie des Dufour, puis un an après, retrouve Henriette dans son " cabinet particulier " -, Renoir fait succéder immédiatement à la scène d'amour, après l'orage, la rencontre fortuite de Henri et Henriette, des années après, dans le même " cabinet particulier ". L'effet est d'autant plus saisissant que l'on ne passe pas par une étape intermédiaire. Renoir, par là respecte les chois esthétiques de Maupassant, avec la brutalité de la désillusion et en même temps innove cinématographiquement.