Convaincre, persuader et délibérer : formes et fonctions de l´essai, du dialogue et de l´apologue
Comment les écrivains et les artistes ont-ils défendu leur conception de la littérature ou de l´art ?
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SEQUENCE 1 |
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Groupement de textes |
Objectifs de lecture et méthodologique |
Histoire littéraire, langue et méthodologie |
Iconographie / filmographie |
Prolongements |
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Lectures analytiques |
Lectures cursives |
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Vous serez interrogés sur les textes ci-dessous dans la première partie de l´épreuve orale. |
Introduction, présentation du corpus. |
Présentation de l´épreuve d´oral au baccalauréat. Oral : la lecture analytique d´un texte, p.184 Ecrit : l´étude de textes et de documents, p.202 Ecrit : l´écriture d´invention p.230 |
La Trahison des images de Magritte |
Présentation des lectures cursives. |
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La tragédie, Art poétique Chant III, Boileau |
Comment Boileau expose et défend les fondements de la tragédie classique française. |
La Poétique d´Aristote La Tragédie de Jacques Morel Questions de compréhension |
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Préface de Cromwell de Victor Hugo |
Comment Victor Hugo critique la règle des trois unités. |
Convaincre, délibérer, persuader : l´essai, p.142 |
Les Romains échevelés à la première représentation d´Hernani de J.Granville (1830) |
Lettre à Lord*** sur la soirée du 24 octobre 1829 d´Alfred de Vigny |
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La Critique de l´Ecole des femmes scène 6 de Molière |
Comment Molière, dans une comédie, défend sa conception de la comédie. |
Convaincre, délibérer, persuader : le dialogue, p.156 |
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Lettre à d´Alembert sur les spectacles de Jean-Jacques Rousseau |
Comment Rousseau répond à d´Alembert dans une lettre polémique sur la comédie. |
Les formes et les fonctions de l´écriture épistolaire p.128 |
Encyclopédie, article "Genève" de Jean d´Alembert, p.332. |
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Art poétique de Paul Verlaine |
Comment Verlaine rédige un manifeste poétique. |
Romantisme, caricature de Montbard, p.35 |
Les Contemplations, livre I, "Aurore", VII, v29-66 de Victor Hugo, p.34 |
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1984 de Georges Orwell |
Comment Orwell dénonce par l´ironie les dangers d´un pouvoir totalitaire s´attaquant au langage. |
Raconter pour persuader : l´apologue, p.168 |
1984 de Mickael Radford (1984)Vision de l´extrait correspondant, discussion sur la transcription cinématographique. |
1984 de Georges Orwell Le Meilleur des mondes de Aldous Huxley |
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Bienvenue à Gattaca d´Andrew Nicoll (1997), vision d´extraits. |
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BILAN |
Pensez à consulter la fiche sur les registres. et la synthèse |
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SEQUENCE 2 |
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Oeuvre intégrale |
Extraits |
Objectifs |
Iconographie / filmographie |
Prolongements |
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Lecture cursive |
Lectures analytiques |
Lectures cursives |
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Réalisme et Naturalisme Le Roman, Préface de Pierre et Jean de Guy de Maupassant |
Introduction Convaincre, délibérer, persuader : l´essai, p.142 |
L´Enterrement à Ornans de Gustave Courbet |
Préface au Réalisme de Jules Champfleury |
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Mettre en évidence la composition de la Préface. |
Recherches sur l´auteur et son oeuvre (CDI et Internet). |
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Tous les écrivains, Victor Hugo ...se préoccuper des tendances. |
Comment Maupassant défend le droit fondamental de l´écrivain : le droit à l´originalité. |
Le Roman expérimental d´Emile Zola |
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Deux hommes, par leur enseignement...la fin de la préface. |
Comment Maupassant fait usage de l´argument d´autorité pour achever sa démonstration. |
Pierre et Jean de Guy de Maupassant |
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BILAN |
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Extrait des instructions officielles : Le but est de percevoir et comprendre les différences mais aussi les liens, entre démontrer - dans le domaine des vérités vérifiables - et convaincre ou persuader, en s´appuyant sur des arguments rationnels ou sur des facteurs affectifs.
Objectif : Nous étudierons comment à travers diverses formes de l´argumentation, les écrivains et artistes ont défendu leur conception de la littérature ou de l´art.
Perspective dominante : Etude de l´argumentation et des effets sur le destinataire.
Perspectives complémentaires : Etude des genres (l´essai, la lettre, le dialogue théâtral, la poésie), des registres (didactique, polémique) et approche de l´histoire littéraire (l´évolution de la comédie et de la tragédie, la poésie et son renouveau, le Réalisme et le Naturalisme).
Etude de la langue : La syntaxe du raisonnement logique, la modalisation et le vocabulaire du jugement.
Fiches méthodiques : 3, 4, 5, 6, 9.
Préparation à l´écrit : L´écriture argumentative, l´écriture d´invention et le commentaire.
Evaluation :
Questions de compréhension (première partie de l´épreuve écrite) sur le texte La Tragédie de Jacques Morel.
Etude de textes et de documents et écriture d´invention Exercice p.155.
Commentaire En vous aidant des questions, vous étudierez Les Contemplations, livre I, "Aurore", VII, v29-66 de Victor Hugo sous la forme d´un commentaire composé, p.34, ex.7.
Argumentation Dans un développement argumenté, vous direz en quoi le roman de Maupassant Pierre et Jean correspond aux critères romanesque du réalisme et du naturalisme tels qu´il les énonce dans sa préface.
Durée : séquence 1 18 séances séquence 2 10 séances
Magritte, La Trahison des images (1929)

Nicolas Boileau Art Poétique, Chant III, La tragédie (1674)
Il n'est
point de serpent, ni de monstre odieux,
Qui, par l'art imité, ne puisse plaire
aux yeux ;
D'un pinceau délicat l'artifice agréable
Du plus affreux objet fait un objet aimable.
Ainsi, pour nous charmer, la Tragédie en
pleurs
D'OEdipe tout sanglant fit parler les douleurs,
D'Oreste parricide exprima les alarmes,
Et, pour nous divertir, nous arracha des larmes.
Vous donc qui, d'un beau feu pour le théâtre
épris,
Venez en vers pompeux y disputer le prix,
Voulez-vous sur la scène étaler
des ouvrages
Où tout Paris en foule apporte ses suffrages,
Et qui, toujours plus beaux plus ils sont regardés,
Soient au bout de vingt ans encor redemandés?
Que dans tous vos discours la passion émue
Aille chercher le coeur, l'échauffe et
le remue.
Si, d'un beau mouvement l'agréable fureur
Souvent ne nous remplit d'une douce terreur,
Ou n'excite en notre âme une pitié
charmante,
En vain vous étalez une scène savante ;
Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir
Un spectateur toujours paresseux d'applaudir,
Et qui, des vains efforts de votre rhétorique
Justement fatigué, s'endort ou vous critique.
Le secret est d'abord de plaire et de toucher
Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.
Que dès les premiers vers, l'action préparée
Sans peine du sujet aplanisse l'entrée.
Je me ris d'un acteur qui, lent à s'exprimer,
De ce qu'il veut, d'abord, ne sait pas m'informer,
Et qui, débrouillant mal une pénible
intrigue,
D'un divertissement me fait une fatigue.
J'aimerais mieux encor qu'il déclinât
son nom,
Et dit : « Je suis Oreste, ou
bien Agamemnon »,
Que d'aller, par un tas de confuses merveilles,
Sans rien dire à l'esprit, étourdir
les oreilles.
Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué.
Que le lieu de la Scène y soit fixe et
marqué.
Un rimeur, sans péril, delà les
Pyrénées,
Sur la scène en un jour renferme des années.
Là, souvent, le héros d'un spectacle
grossier,
Enfant au premier acte, est barbon au dernier.
Niais nous, que la raison à ses règles
engage,
Nous voulons qu'avec art l'action se ménage ;
Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu'à la fin le théâtre
rempli.
Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Une merveille absurde est pour moi sans appas :
L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne
croit pas.
Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit
nous l'expose
Les yeux, en le voyant, saisiraient mieux la chose ;
Mais il est des objets que l'art judicieux
Doit offrir à l'oreille et reculer des
yeux.
Que le trouble toujours croissant de scène
en scène
A son comble arrivé se débrouille
sans peine.
L'esprit ne se sent point plus vivement frappé
Que lorsqu'en un sujet d'intrigue enveloppé,
D'un secret tout à coup la vérité
connue
Change tout, donne à tout une face imprévue.
Molière, La Critique de l´Ecole des femmes, scène 6 (1663)
DORANTE: Vous croyez donc, Monsieur
Lysidas, que tout l'esprit et toute la beauté sont dans les poèmes
sérieux, et que les pièces comiques sont des niaiseries qui ne
méritent aucune louange?
URANIE: Ce n'est pas mon sentiment, pour moi. La tragédie, sans doute,
est quelque chose de beau quand elle est bien touchée; mais la comédie
a ses charmes, et je tiens que l'une n'est pas moins difficile que l'autre.
DORANTE: Assurément, Madame; et quand, pour la difficulté, vous
mettriez un plus du côté de la comédie, peut-être
que vous ne vous abuseriez pas. Car enfin, je trouve qu'il est bien plus aisé
de se guinder sur de grands sentiments, de braver en vers la Fortune, accuser
les Destins, et dire des injures aux dieux, que d'entrer comme il faut dans
le ridicule des hommes, et de rendre agréablement sur le théâtre
les défauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des héros,
vous faites ce que vous voulez. Ce sont des portraits à plaisir, où
l'on ne cherche point de ressemblance; et vous n'avez qu'à suivre les
traits d'une imagination qui se donne l'essor, et qui souvent laisse le vrai
pour attraper le merveilleux. Mais lorsque vous peignez les hommes, il faut
peindre d'après nature. On veut que ces portraits ressemblent; et vous
n'avez rien fait, si vous n'y faites reconnaître les gens de votre siècle.
En un mot, dans les pièces sérieuses, il suffit, pour n'être
point blâmé, de dire des choses qui soient de bon sens et bien
écrites; mais ce n'est pas assez dans les autres, il y faut plaisanter;
et c'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes
gens.
CLIMÈNE: Je crois être du nombre des honnêtes gens; et cependant
je n'ai pas trouvé le mot pour rire dans tout ce que j'ai vu.
LE MARQUIS: Ma foi, ni moi non plus.
DORANTE: Pour toi, Marquis, je ne m'en étonne pas: c'est que tu n'y as
point trouvé de turlupinades.
LYSIDAS: Ma foi, Monsieur, ce qu'on y rencontre ne vaut guère mieux,
et toutes les plaisanteries y sont assez froides à mon avis.
DORANTE: La cour n'a pas trouvé cela.
LYSIDAS: Ah! Monsieur, la cour!
DORANTE: Achevez, Monsieur Lysidas. Je vois bien que vous voulez dire que la
cour ne se connaît pas à ces choses; et c'est le refuge ordinaire
de vous autres, messieurs les auteurs, dans le mauvais succès de vos
ouvrages, que d'accuser l'injustice du siècle et le peu de lumière
des courtisans. Sachez, s'il vous plaît, Monsieur Lysidas, que les courtisans
ont d'aussi bons yeux que d'autres; qu'on peut être habile avec un point
de Venise et des plumes, aussi bien qu'avec une perruque courte et un petit
rabat uni; que la grande épreuve de toutes vos comédies, c'est
le jugement de la cour; que c'est son goût qu'il faut étudier pour
trouver l'art de réussir; qu'il n'y a point de lieu où les décisions
soient si justes; et sans mettre en ligne de compte tous les gens savants qui
y sont, que, du simple bon sens naturel et du commerce de tout le beau monde,
on s'y fait une manière d'esprit, qui sans comparaison juge plus finement
des choses, que tout le savoir enrouillé des pédants.
URANIE: Il est vrai que, pour peu qu'on y demeure, il vous passe là tous
les jours assez de choses devant les yeux pour acquérir quelque habitude
de les connaître, et surtout pour ce qui est de la bonne et mauvaise plaisanterie.
DORANTE: La cour a quelques ridicules, j'en demeure d'accord, et je suis, comme
on voit, le premier à les fronder. Mais, ma foi, il y en a un grand nombre
parmi les beaux esprits de profession; et si l'on joue quelques marquis, je
trouve qu'il y a bien plus de quoi jouer les auteurs, et que ce serait une chose
plaisante à mettre sur le théâtre que leurs grimaces savantes
et leurs raffinements ridicules, leur vicieuse coutume d'assassiner les gens
de leurs ouvrages, leur friandise de louanges, leurs ménagements de pensées,
leur trafic de réputation, et leurs ligues offensives et défensives,
aussi bien que leurs guerres d'esprit, et leurs combats de prose et de vers.
LYSIDAS: Molière est bien heureux, Monsieur, d'avoir un protecteur aussi
chaud que vous. Mais enfin, pour venir au fait, il est question de savoir si
sa pièce est bonne, et je m'offre d'y montrer partout cent défauts
visibles.
URANIE: C'est une étrange chose de vous autres messieurs les poètes,
que vous condamniez toujours les pièces où tout le monde court,
et ne disiez jamais du bien que de celles où personne ne va. Vous montrez
pour les unes une haine invincible, et pour les autres une tendresse qui n'est
pas concevable.
DORANTE: C'est qu'il est généreux de se ranger du côté
des affligés.
URANIE: Mais, de grâce, Monsieur Lysidas, faites-nous voir ces défauts,
dont je ne me suis point aperçue.
LYSIDAS: Ceux qui possèdent Aristote et Horace voient d'abord, Madame,
que cette comédie pèche contre toutes les règles de l'art.
URANIE: Je vous avoue que je n'ai aucune habitude avec ces messieurs-là,
et que je ne sais point les règles de l'art.
DORANTE: Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles, dont vous
embarrassez les ignorants et nous étourdissez tous les jours. Il semble,
à vous ouïr parler, que ces règles de l'art soient les plus
grands mystères du monde; et cependant ce ne sont que quelques observations
aisées, que le bon sens a faites sur ce qui peut ôter le plaisir
que l'on prend à ces sortes de poèmes; et le même bon sens
qui a fait autrefois ces observations les fait aisément tous les jours,
sans le secours d'Horace et d'Aristote. Je voudrais bien savoir si la grande
règle de toutes les règles n'est pas de plaire, et si une pièce
de théâtre qui a attrapé son but n'a pas suivi un bon chemin.
Veut-on que tout un public s'abuse sur ces sortes de choses, et que chacun ne
soit pas juge du plaisir qu'il y prend?
Rousseau Lettre à d´Alembert sur les spectacles (1758)
Heureusement la tragédie telle qu´elle existe est si loin de nous, elle nous présente des êtres si gigantesques, si boursouflés, si chimériques, que l´exemple de leurs vices n´est guère plus contagieux que celui de leurs vertus n´est utile, et qu´à proportion qu´elle veut moins nous instruire, elle nous fait aussi moins de mal. Mais il n´en est pas ainsi de la comédie, dont les moeurs ont avec les nôtres un rapport plus immédiat, et dont les personnages ressemblent mieux à des hommes. Tout en est mauvais, et pernicieux, tout tire à conséquence pour les spectateurs ; et le plaisir même du comique étant fondé sur un vice du coeur humain, c´est une suite de ce principe que plus la comédie est agréable et parfaite, plus son effet est funeste aux moeurs : mais sans répéter ce que j´ai déjà dit de sa nature, je me contenterai d´en faire ici l´application, et de jeter un coup d´oeil sur votre théâtre comique.
Prenons-le dans sa perfection, c´est-à-dire à sa naissance. On convient, et on le sentira chaque jour davantage, que Molière est le plus parfait auteur comique dont les ouvrages nous soient connus ; mais qui peut disconvenir aussi que le théâtre de ce même Molière, des talents duquel je suis plus l'admirateur que personne, ne soit une école de vices et de mauvaises moeurs, plus dangereuses que les livres mêmes où l´on fait profession de les enseigner ? Son plus grand soin est de tourner la bonté et la simplicité en ridicule, et de mettre la ruse et le mensonge du parti pour lequel on prend intérêt ; ses honnêtes gens ne sont que des gens qui parlent, ses vicieux sont des gens qui agissent et que les plus brillants succès favorisent le plus souvent ; enfin l´honneur des applaudissements, rarement pour le plus estimable, est presque toujours pour le plus adroit.
Examinez le comique de cet auteur : partout vous trouverez que les vices de caractère en sont l´instrument, et les défauts naturels le sujet ; que la malice de l´un punit la simplicité de l´autre ; et que les sots sont les victimes des méchants : ce qui, pour n´être que trop vrai dans le monde, n´en vaut pas mieux à mettre au théâtre avec un air d´approbation, comme pour exciter les âmes perfides à punir, sous le nom de sottise, la candeur des honnêtes gens.
Dat veniam corvis, vexat censura columbas.
Voilà l´esprit général de Molière et de ses imitateurs. Ce sont des gens qui, tout au plus, raillent quelquefois les vices, sans jamais faire aimer la vertu ; de ces gens disaient un ancien, qui savent bien moucher la lampe, mais qui n´y mettent jamais d´huile.
Voyez comment, pour multiplier ses plaisanteries, cet homme trouble tout l´ordre de la société ; avec quel scandale il renverse tous les rapports les plus sacrés sur lesquels elle est fondée ; comme il tourne en dérision les respectables droits des pères sur leurs enfants, des maris sur leurs femmes, des maîtres sur leurs serviteurs ! Il fait rire, il est vrai, et n´en devient que plus coupable, en forçant par un charme invincible, les sages mêmes de se prêter à des railleries qui devraient attirer leur indignation. J´entends dire qu´il attaque les vices ; mais je voudrais bien que l´on comparât ceux qu´il attaque avec ceux qu´il favorise. Quel est le plus blâmable d´un bourgeois sans esprit et vain qui fait sottement le gentilhomme, ou du gentilhomme fripon qui le dupe ? Dans la pièce dont je parle, ce dernier n´est-il pas pour lui l´intérêt et le public n´applaudit-il pas à tous les tours qu´il fait à l´autre ? Quel est le plus criminel d´un paysan assez fou pour épouser une demoiselle, ou d´une femme qui cherche à déshonorer son époux ? Que penser d´une pièce où le parterre applaudit à l´infidélité, au mensonge, à l´impudence de celle-ci, et rit de la bêtise du manant puni ? C´est un grand vice d´être avare et de prêter à usure ; mais n´en est-ce pas un plus grand encore à un fils de voler son père, de lui manquer de respect, de lui faire mille insultants reproches et, quand ce père irrité lui donne sa malédiction, de répondre d´un air goguenard qu´il n´a que faire de ses dons ? Si la plaisanterie est excellente, en est-elle moins punissable ; et la pièce où l´on fait aimer le fils insolent qui l´a faite en est-elle moins une école de mauvaises moeurs ?
Paul Verlaine, L´Art poétique (1884)
De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Ou l'Indécis au Précis se joint.
C'est de beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi ;
C'est par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la couleur, rien que la Nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !
Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !
Prend l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on y veille, elle ira jusqu'où ?
Ô qui dira les torts de la Rime !
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.
George Orwell, 1984 (1948)
- C´est une belle chose, la destruction des mots. Naturellement, c´est dans les verbes et les adjectifs qu´il y a le plus de déchets, mais il y a des centaines de noms dont on peut aussi se débarrasser. Pas seulement les synonymes, il y a aussi les antonymes. Après tout, quelle raison d´exister y a-t-il pour un mot qui n´est que le contraire d´un autre ? Les mots portent en eux-mêmes leur contraire. Prenez "bon", par exemple. Si vous avez un mot comme "bon" quelle nécessité y a-t-il à avoir un mot comme "mauvais" ? "Inbon" fera tout aussi bien, mieux même, parce qu´il est l´opposé exact de bon, ce que n´est pas l´autre mot. Et si l´on désire un mot plus fort que "bon", quel sens y a-t-il à avoir toute une chaîne de mots vagues et inutiles comme "excellent", "splendide" et tout le reste ? "Plusbon" englobe le sens de tous ces mots, et, si l´on veut un mot encore plus fort, il y a "doubleplusbon". Naturellement, nous employons déjà ces formes, mais dans la version définitive du novlangue, il n´y aura plus rien d´autre. En résumé, la notion complète du bon et du mauvais sera couverte par six mots seulement, en réalité un seul mot. Voyez-vous, Winston, l´originalité de cela ? Naturellement, ajouta-t-il après coup, l´idée vient de Big Brother.
Au nom de Big Brother, une sorte d´ardeur froide flotta sur le visage de Winston. Syme, néanmoins perçut immédiatement un certain manque d´enthousiasme.
- Vous n´appréciez pas réellement le novlangue, Winston, dit-il presque tristement. Même quand vous écrivez, vous pensez en ancilangue. J´ai lu quelques-uns des articles que vous écrivez parfois dans le Times. Ils sont assez bons, mais ce sont des traductions. Au fond vous auriez préféré rester fidèle à l´ancien langage, à son imprécision et ses nuances inutiles. Vous ne saisissez pas la beauté qu´il y a dans la destruction des mots. Savez-vous que le novlangue est la seule langue dont le vocabulaire diminue chaque année ?
Winston l´ignorait, naturellement. Il sourit avec sympathie, du moins, il l´espérait, car il n´osait se risquer à parler.
Syme prit une autre bouchée de pain noir, la mâcha rapidement et continua :
- Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n´y aura plus de mots pour l´exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera rigoureusement délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées. Déjà, dans la onzième édition, nous ne sommes pas loin de ce résultat. Mais le processus continuera encore longtemps après que vous et moi nous serons morts. Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. Il n´y a plus, dès maintenant, c´est certain, d´excuse ou de raison au crime par la pensée. C´est simplement une question de discipline personnelle, de maîtrise de soi-même. Mais même cette discipline sera inutile en fin de compte. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait.
LECTURES COMPLEMENTAIRES
Jacques Morel, La Tragédie (1964)
L´unique sujet de la tragédie, c´est le dialogue de l´homme avec ce qui le passe - et parfois ce peut-être avec lui-même. Car l´homme ne se satisfait pas de l´existence qui lui est donnée. Il lui faudrait, pour être soi-même, connaître le monde et se connaître, aimer le monde et s´aimer, et découvrir entre ce monde et lui une harmonie. Il ne trouve que vérités partielles, ou mensonge, ou illusion. Il est entouré d´un univers apparemment hostile. La laideur et la disconvenance lui paraissent triompher dans la nature, dans la société et dans son propre coeur. Aussi revendique-t-il. Aussi est-il, au sens le plus noble du mot, un révolté.
La tragédie, en effet, suppose l´acte. Le héros tragique entend s´affirmer dans le présent d´une action, fût-elle désespérée. Il n´existe que dans la mesure où il refuse d´être condamné seulement parce qu´il est homme, et veut mériter sa mort ou sa grâce par un acte libre. Il n´est jamais une victime, s´il consent parfois à être un vaincu : Oedipe lui-même accepte la responsabilité du crime qu´il a commis sans le savoir, bravant et reconnaissant à la fois les dieux qui l´écrasent. De fait, le conflit tragique est toujours celui de l´humain et du divin, l´un tendant à rejoindre l´autre dans un dépassement héroïque qui lui permet de s´affirmer dans le refus, la soumission, ou l´adhésion enthousiaste. Crise décisive, au cours de laquelle le héros passe de l´existence à l´être, et se fixe à jamais dans une attitude exemplaire.
Aussi l´événement tragique n´a-t-il point d´âge. Corneille et Racine adaptent Sophocle, Euripide et Sénèque et ne se demandent pas, comment fera Beaumarchais, quel intérêt il peut y avoir, pour un moderne, à déterrer les calamités des temps antiques. La tragédie possède une vertu généralisante. Elle souligne la solidarité d´une humanité toujours hantée par les mêmes apories. Elle assimile son public à l´ensemble des hommes. Elle éclaire et rassure une époque inquiète en rattachant son drame à ceux des peuples d´autrefois.
Mais elle ne peut naître qu´aux périodes de l´histoire où l´homme reconnaît l´inconfort de sa condition sans consentir à la résignation. La tragédie ne se contente pas, en effet, d´évoquer des malheurs qu´une simple réforme morale ou politique pourrait éviter. Elle ne se confond point avec le mystère sacré où le Dieu immanent peut redresser à temps les pécheurs sur le point de succomber, à moins qu´il n´inflige à l´Adam endurci le châtiment de l´exil et de la mort. Elle n´est pas enfin la fatale histoire du meurtre d´un homme ou de la ruine d´une cité qu´une divinité éternellement absente accomplirait par caprice, à la manière des empereurs de la décadence. Elle ne saurait donc être confondue, ni avec les drames du XVIIIe siècle, ni avec les poèmes religieux du XVe, ni avec les Machines infernales montées par nos contemporains. Elle n´a pu vivre et se développer en France que durant les deux siècles de crise où l´humanisme redécouvert aux sources antiques dut affronter les exigences d´un christianisme sans compromis. Encore a-t-il fallu plus d´un demi-siècle pour que ses dimensions essentielles apparussent clairement aux yeux des poètes et de leur public.
Alfred de Vigny, Lettre à Lord*** sur la soirée du 24 octobre 1829
Considérez d´abord que, dans le système qui vient de s´éteindre, toute tragédie était une catastrophe et un dénouement d´une action déjà mûre au lever du rideau, qui ne tenait plus qu´à un fil et n´avait plus qu´à tomber. De là est venu ce défaut qui vous frappe, ainsi que tous les étrangers dans les tragédies françaises ; cette parcimonie de scènes et de développements, ces faux retardements, et puis tout à coup cette hâte d´en finir, mêlée à cette crainte que l´on sent presque partout de manquer d´étoffe pour remplir le cadre de cinq actes. Loin de diminuer mon estime pour tous les hommes qui ont suivi ce système, cette considération l´augmente ; car il fallu, à chaque tragédie, une sorte de tour d´adresse prodigieux, et une foule de ruses pour déguiser la misère à laquelle ils se condamnaient ; c´était chercher à employer et à étendre pour se couvrir le dernier lambeau d´une pourpre gaspillée et perdue.
Ce ne sera plus ainsi qu´à l´avenir procédera le poète dramatique. D´abord il prendra dans sa large main beaucoup de temps et y fera mouvoir des existences entières ; il créera l´homme, non comme espèce, mais comme individu (seul moyen d´intéresser à l´humanité) ; il laissera ses créatures vivre de leur propre vie, et jettera seulement dans leurs coeurs ces germes de passions par où se préparent les grands événements ; puis, lorsque l´heure en sera venue et seulement alors, sans que l´on sente que son doigt la hâte, il montrera la destinée enveloppant ses victimes dans des noeuds aussi larges, aussi multipliés, aussi inextricables que ceux où se tordent Laocoon et ses deux fils. Alors, bien loin de trouver des personnages trop petits pour l´espace, il gémira, il s´écriera qu´ils manquent d´air et de place ; car l´art sera tout semblable à la vie, et dans la vie une action principale entraîne autour d´elle un tourbillon de faits nécessaires et innombrables. Alors le créateur trouvera dans ses personnages assez de têtes pour répandre toutes ses idées, assez de coeurs à faire battre de tous ses sentiments, et partout on sentira son âme entière agitant la masse.
J.Granville, Les Romains échevelés à la première représentation d´Hernani 1830

SEQUENCE
1 - SYNTHÈSE
Merci à Anne-Marie Corbucci (cliquez pour visiter son site MAREMUREX)
1.
Face à un texte argumentatif, je dois me rappeler que son objectif est
"d'agir", d'influer sur un public, les quatre premières questions
à poser sont donc :
- QUI parle ? (je cherche des indices d'énonciation : pronoms,
temps et modes verbaux + des indices de la position - "ethos"
- du locuteur - "au nom de quoi" parle-t-il ?)
- A QUI parle-t-il ? (je cherche les indices indiquant le destinataire,
les pronoms, apostrophes, adresses diverses -Faites attention au fait que ce
destinataire peut être défini implicitement par l'ethos même
de l'émetteur)
- POUR QUOI faire ? (convaincre n'est pas une réponse suffisante,
convaincre de quoi ?)
- COMMENT ? (définissez le genre choisi : roman, poésie,
théâtre, essai ...)
Ce n'est qu'ensuite que vous pourrez vous interroger sur les moyens mis en oeuvre
et leur efficacité.
2. Les textes et documents iconographiques étudiés
Magritte : peintre du début du XXe siècle. Lié au surréalisme.
Parle au nom d'une conception de l'ART comme bouleversement du monde (rappelez-vous Apollinaire écrivant en 1913: " Les grands poètes et les grands artistes ont pour fonction sociale de renouveler sans cesse l'apparence que revêt la nature aux yeux des hommes.")
S'adresse au public directement (et indirectement aux peintres).
Choisit l'objet pictural lui-même. Le tableau
s'intitule "La Trahison des images" (1929), la phrase peinte
est partie intégrante de l'oeuvre, et un des éléments à
prendre en compte pour sa signification : détruire la sécurité
du spectateur devant l'image, bouleverser les idées reçues sur
le rôle de la peinture comme "copie" du réel.
Boileau : écrivain et poète du XVIIe siècle
Parle au nom de la RAISON pour défendre des positions esthétiques. XVIIe s. = classicisme = recours à l'antiquité.
S'adresse directement aux dramaturges (et indirectement à tous les spectateurs)
Donne une leçon d'écriture (texte injonctif, projet didactique -rappelez vous les impératifs et les subjonctifs à valeur d'ordre)
Choisit le vers (et particulièrement l'alexandrin pour ses vertus rythmiques / nombreuses formules aisées à retenir). Boileau est aussi l'auteur de ce vers : "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement / Et les mots pour le dire nous viennent aisément".
V.Hugo : poète, romancier, dramaturge, chef de file des Romantiques (début XIXe s.)
Parle au nom de la LIBERTE, pour défendre des positions esthétiques.
S'adresse à tous directement (spectateurs) et indirectement aux dramaturges, "nous" final.
Réfute "les règles classiques" (dimension polémique et persuasive du texte = réduire ces règles à néant)
Choisit "la préface" qui appartient
au genre de l'essai, pour la raison qu'il y développe - au-delà
de l'extrait étudié- une nouvelle dramaturgie, mais elle
est déjà présente dans le premier paragraphe de l'extrait
: le nouveau théâtre est historique (cf. les questions rhétoriques).
Molière : dramaturge du XVIIe s., auteur de comédies (genre considéré comme mineur à l'époque), c'est comme tel qu'il parle.
S'adresse au public directement, en faisant jouer sa pièce et indirectement aux "doctes", tenants des règles et critiques, supports -volontaires- ou non de tous ses adversaires.
Défend la comédie, veut changer son statut.
Choisit le dialogue théâtral (double niveau de défense : les personnages "argumentent" en faveur de la comédie, les personnages opposés sont plus aisément "ridiculisés" : ils sont prétentieux -Lysidas- ou futiles -le marquis), la pièce tout entière fait de même, objectif : mettre le public - donc les rieurs- de son côté.
Autre avantage, Molière y est "objet"
de discussion et non "sujet" (c'est un personnage de la pièce
qui énonce au nom de quoi il parle : "Les honnêtes gens"
, et c'est un "courtisan", l'attaquer, lui, serait attaquer la cour,
ce qui n'est quand même pas aussi facile que d'attaquer un "comédien").
Rousseau : écrivain et philosophe du XVIIIe s.
Parle au nom de la MORALE (celle qui distingue le bien du mal)
S'adresse à d'Alembert directement, aux philosophes français indirectement -Voltaire et Diderot, par ex. sont des partisans du théâtre qu'ils considèrent à peu près comme le faisait Molière comme "une école" pour améliorer les comportements et les moeurs, et indirectement aussi à ses compatriotes genevois pour les dissuader de se laisser séduire.
Condamne la comédie (texte polémique : faites attention au vocabulaire, à sa forte valorisation positive ou négative, et aux antithèses qu'il produit, ex. "âmes perfides" * "candeur des honnêtes gens")
Choisit la lettre en conformité avec la position à partir de laquelle il parle (le genre se prête à l'expression personnelle, elle "engage" son auteur, elle semble appartenir à la confidence et offrir par là des garanties de sincérité).
Verlaine : poète de la fin du XIXe siècle, participe à une rénovation poétique qui prendra le nom de "symbolisme".
Parle au nom d´une valeur esthétique : L'ORIGINALITE (valeur instituée par les Romantiques) pour défendre une conception de la poésie (la poésie est un ART de la suggestion)
S'adresse directement au poète (en tant qu'individu : "tu"), à lui même, par la même occasion, et à la communauté des lecteurs (poètes ou non poètes : "nous"), et indirectement aux critiques (Cf. le dédicataire).
Choisit le poème : double niveau de l'argumentation, la théorie (contenu), l'exemple (le poème qui met en pratique cette théorie), les deux niveaux se renforcent l'un l'autre et garantissent l'efficacité de ce qui est une "illustration et défense" de la poésie moderne.
Orwell : écrivain du XXe siècle.
Parle au nom de la LIBERTE (en 1949, le mot a un sens précis pour les lecteurs = liberté démocratique / Ce n'est pas un point de vue esthétique comme chez Hugo, mais un point de vue politique).
S'adresse aux lecteurs en général (un roman ne fonctionne pas comme n'importe quel texte argumentatif, puisque sa communication est "différée" mais il construit un "lecteur modèle"; celui de Orwell est nécessairement hostile à tout régime "totalitaire" , il refusera qu'un Etat -quel qu'il soit- prenne des décisions à sa place, c'est pourquoi l'information présente -ou historique- lui paraît indispensable.)
Choisit le roman parce qu'il permet de grossir les effets (satire), de montrer l'aboutissement catastrophique de ce qui n'est qu'en germe dans le présent (contre-utopie).
Le texte relève de la CONVICTION : il utilise des expériences récentes et identifiables, de la PERSUASION : il produit des réactions affectives chez le lecteur, et de la DELIBERATION : il interroge sur le rapport citoyen-pouvoir.
Gustave Courbet, L´Enterrement à Ornans
