ECRIRE, PUBLIER, LIRE AUJOURD'HUI.
RECONTRE AVEC UN ECRIVAIN ET UN EDITEUR:
PIERRETTE FLEUTIAUX ET FRANÇOISE NYSSEN.
Le 8 mars 2006, les élèves des classes de 2nde ont rencontré l'écrivain Pierrette Fleutiaux et l'éditrice Françoise Nyssen au CDI (centre de documentation et d'information) du Lycée Pasteur de São Paulo. Cette rencontre a pu être organisée grâce à la "Bienal do Livro", qui a lieu du 9 au 19 mars à l'Anhembi, à São Paulo. L'éditrice est venue au Brésil parce qu'Actes-Sud, maison d'édition qu'elle dirige, est l'invitée d'honneur de la "Bienal" cette année. L'écrivain l'accompagne, car elle publie chez Actes-Sud. Cette rencontre a permis aux élèves de découvrir le monde littéraire et d'apporter des réponses aux questions qu'ils se posent : comment est-on inspiré pour écrire ? Comment un livre est-il choisi pour être publié ? Quels sont les critères qui permettent de savoir si un livre aura du succès ? Choisit-on un livre en fonction de ses ventes possibles ou en fonction des qualités de l'écriture ?
Avant que nous lisions un livre il doit être publié.
Une maison d'édition s'en charge. Actes-Sud, par exemple. C'est le père
de Françoise Nyssen, M. Hubert Nyssen, qui a fondé, en 1978. la
maison d'édition, dont les caractéristiques sont très intéressantes.
Située en Arles, sur l'embouchure du Rhône, près de la ville
d'Avignon, Actes-Sud se distingue des autres maisons d'édition françaises
d'abord par sa localisation. 90 % des autres grandes entreprises de ce secteur
siègent à Paris. Aujourd'hui, toutefois, Actes-Sud a aussi un
siège à Paris. Ensuite, face aux grandes entreprises, Hachette
et Editis, c'est une petite entreprise indépendante (150 personnes environ,
mais 5200 titres au catalogue et 500 nouveaux livres publiés par an).
La maison, dont la devise est "plaisir et nécessité",
a cherché à fonder un "style", par lequel elle pourrait
être directement identifiable: les dimensions du livre (plus étroit
mais plus long, de façon à pouvoir se tenir aisément avec
la main) ; une couleur de papier (crème) qui fatigue moins les yeux,
et un miroir (partie de la page imprimée) de lecture facile, témoignent
de cette singularité.
La couverture illustrée est aussi une marque distinctive de cette maison
d'édition. La recherche de ces illustrations est une activité
importante. Une fois trouvée l'image adéquate au livre, il faut
discuter avc l'illustrateur, obtenir son accord, ce qui est parfois difficile.
Certains illustrateurs refusent, par exemple, parce qu'ils ne veulent d'imprimé
sur leur travail.
Elle n'a pas vraiment de critères pour publier un livre, mais sa qualité
est prioritaire par rapport au côté financier. C'est-à-dire
que le souci de publier un ouvrage qu'en fonction du succès financier
n'est pas prédominant. La maison reçoit environ 500 manuscrits
par mois, qui seront tous lus. Ces manuscrits sont confiés à des
lecteurs qui décideront ou non de les publier. Il faut environ trois
mois, entre le moment où le texte est choisi et celui où le livre
est prêt à être vendu en librairie.
La maison publie des livres variés allant des romans aux livres d'art,
en passant par les livres pour la jeunesse ou sur la nature.
Françoise Nyssen se dit passionnée par son métier. Diplômée
en chimie, elle a décidé de travailler avec son père en
raison de son amour pour les livres et la lecture. Avec son mari, elle se charge
de sept enfants et organise des conférences et des lectures en Arles.
Son travail lui prend beaucoup de temps : elle supervise toutes les étapes
de l'édition (traduction, correction
) et s'occupe des rencontres
ayant rapport avec les finances de l'entreprise. L'appui de l'Etat a été
essentiel pour maintenir les petites maisons d'éditions et les petites
librairies. Cet appui s'est caractérisé par la création
du prix unique, qui a entravé le monopole des grandes librairies.
Parmi les écrivains qui publient chez Actes-Sud, Mme
Fleutiaux est une des principales. Elle se déclare émerveillée
par la politique inusitée que mène cette maison d'édition.
Elle a publié son premier roman à l'âge de trente ans (chez
Gallimard), bien qu'elle considère un manuscrit d'une demi-page, écrit
à l'âge de six ans, comme son premier récit. Elle ajouté
que c'est un métier qui ne tient pas compte de l'âge, on peut commencer
à 15 ans aussi bien qu'à soixante-dix. Elle a obtenu le prix Fémina
pour Nous sommes éternels qu'elle a mis cinq ans à écrire.
''Je me sens dans mon monde.'' - c'est ainsi que l'écrivain définit
son état d'esprit lorsqu'elle a son stylo à la main et une feuille
(''Je crois que je ne m'adapterais jamais à aucune autre profession,
même si j'ai déjà rêvé d'être astrophysicienne.'').
Pierrette Fleutiaux considère qu'écrire un roman pour la jeunesse
est aussi difficile qu'écrire un roman pour adultes. Pendant les années
70, elle a vécu aux États-Unis, dans le but de ''fuir sa langue
maternelle''.
Elle y a publié, dans des revues, des poésies en anglais. L'écrivain
a également écrit un roman en anglais, qui n'a pas marché.
Il est difficile d'expliquer le métier d'écrivain. Il est très
personnel et consiste à se lancer dans son propre imaginaire afin de
trouver quelque chose de convenable, une phrase spécifique pour le début
d'une histoire, un contexte concret, des personnages particuliers. Toutes les
pensées, les expériences d'un écrivain peuvent un jour
participer à une de ses histoires. Pierrette Fleutiaux affirme que le
temps de création est variable, fonction de l'humeur autant que de la
disponibilité. Selon elle, les femmes ont moins de temps que les hommes
pour écrire car ils peuvent le faire quand ils veulent pendant que leurs
femmes s'occupent du reste : secrétariat, activités bureaucratiques,
maison, etc. Les femmes, elles, doivent souvent prendre tout en charge.
Comment devient-on écrivain ? En lisant, répond Pierrette Fleutiaux.
Elle a grandi dans une école pour instituteurs, après la deuxième
guerre mondiale, sans beaucoup de distractions (en particulier pour les filles)
mais il y avait une bibliothèque : elle y a beaucoup lu, entre autres
Platon et " la caverne " ; la découverte de livres érotiques
cachés derrière les autres lui a appris que derrière les
apparences, il y a toujours autre chose. Peut-être est-ce la raison pour
laquelle le mystère est essentiel dans chacune de ses oeuvres. Lorsqu'on
lui pose la question, elle répond que le mystère est présent
dans notre vie, certaines choses sont cachées, jamais expliquées.
Pour elle " écrire, c'est retrouver son enfance ".
Et le lecteur ? Qu'est-ce qu'un bon lecteur ? Pour Pierrette Fleutiaux, le bon
lecteur " n'est pas seulement celui qui est capable de comprendre l'histoire
mais de comprendre ce qui y est caché. ", celui qui arrive à
comprendre le texte mieux que son auteur, celui qui grandit l'auteur.
On peut dire que, en quelque sorte, Mme Fleutiaux et Actes-Sud ont des caractéristiques
très proches. Ce sont une maison d'édition et un écrivain
qui se font remarquer par leurs manières d'agir, de penser, la qualité
de leur projet.
Cette rencontre a été un moment d'échanges intenses, détendus
et sympathiques pour la plupart des élèves et si c'était
à refaire, eh! bien, nous serions là.