Ecrire, publier, lire aujourd'hui.
Rencontre avec un écrivain et un éditeur
Pierrette Fleutiaux et FranÁoise Nyssen.

La Biennale du livre a lieu tous les deux ans à São Paulo; elle se tient cette année du 9 au 19 mars dans le parc Anhembi. Pierrette Fleutiaux, écrivain, et FranÁoise Nyssen, directrice des éditions Actes Sud, ont participé à cette manifestation. A cette occasion, le lycée Pasteur a pu les accueillir pour une conférence sur "le chemin du livre": écrire, publier, lire.

A l'origine de tout livre, il y a un auteur. Il se distinguera de ses confrères par sa méthode de construction du manuscrit (constitution préalable de dossiers, plan, écriture au fil de l'inspiration...), par son style littéraire, ses thèmes de prédilection (fiction, policier, biographies...). Tout écrivain a également une ou plusieurs raisons d'écrire: profits matériels, plaisir, passer à la postérité. En écrivant un best-seller, vendu ensuite au cinéma, l'auteur peut percevoir des gains élevés. Au contraire, l'écrivain qui réalise une oeuvre magnifique peut passer inaperçu aux yeux de ses contemporains et mourir sans jamais connaître un succès foudroyant qui arrivera quelques décennies plus tard, lui permettant de devenir "immortel". Il peut vouloir se faire témoin, communiquer des idées, inviter à la réflexion. Sa productivité, son âge à ses débuts seront également des points de différenciation.
Sur ce point, Pierrette Fleutiaux dit avoir écrit son premier texte à 6 ans; sa vocation remonte donc à son plus jeune âge et s'appuie sur une passion de lire précoce, seule activité accessible aux filles de sa génération. Dans son expérience, le plaisir de lire précède le désir d'écrire. Elle ne conçoit pas un écrivain qui n'aimerait pas lire.
Influences extérieures, idées, désir d'écrire vont donc conduire l'auteur à élaborer un manuscrit.

Le manuscrit est né, il lui reste à franchir les étapes qui le mèneront dans les mains du lecteur: c'est le travail de la maison d'édition.
En France, 90% de l'édition se concentre à Paris: elle est donc fortement centralisée. Il existe près de 7000 maisons d'édition en France. Les géants de l'édition, Hachette et Editis, ont englobé les petites maisons. L'édition est aujourd'hui largement internationalisée.
Actes sud, maison indépendante, fondée il y a trente ans par Hubert Nyssen, père de l'actuelle directrice FranÁoise Nyssen, se distingue des autres maisons par sa localisation et sa taille. Installée à Arles, cette petite maison d'édition (cinq cent ouvrages par an) opère une forte sélection. Cette maison originale, pour se faire connaître , a inventé un format spécial: un livre en longueur pouvant tenir dans la poche, couverture dessinée, papier de qualité, typographie plus lisible. Chez Actes Sud, se forge une véritable relation entre l'éditeur et ses écrivains.
L'auteur entre en contact avec une maison d'édition. Un comité de lecture décide de l'intérÍt du manuscrit (chez Actes Sud, le choix du manuscrit se fait différemment: il n'y a pas de comité de lecture, c'est un unique lecteur qui décide de l'intérÍt du manuscrit et défend son opinion devant les autres). Si ce dernier est agréé, un contrat est signé entre l'auteur et la maison d'édition, par l'intermédiaire de son service juridique. Il définit les obligations réciproques des parties, et fixe les droits d'auteur qui existent depuis le XVIIIe siècle. Le livre entre alors dans le processus de fabrication. Différents métiers interviennent: composition, maquette, correction,... Par ailleurs, la filière graphique concentre aussi plusieurs métiers (iconographie, illustration, maquette de couverture...). Dernier processus de la fabrication , l'imprimerie donne sa forme définitive au livre. En cas de nécessité, des services de traduction sont consultés. Interviennent ensuite les métiers liés à la commercialisation: publicité, diffusion, distribution. La maison d'édition est en relation avec un réseau de librairies qui sont en général l'ultime relais avec l'acheteur. Toutefois, d'autres canaux de diffusion existent: bibliothèques et grandes surfaces. Aujourd'hui en France le pris du livre est fixé, il évite aux petites librairies de mourir sous la pression de la concurrence des grandes surfaces.

Le livre arrive enfin entre les mains du lecteur, qui l'achète, le consulte ou l'emprunte. L'accueil fait par la critique littéraire et le public fluctue au gré des attentes, des goûts, de la notoriété de l'auteur, du sujet, du style. Selon Madame Fleutiaux, l'auteur est toujours anxieux de la réaction du public, d'autant plus qu'elle pense que les oeuvres littéraire ne sont pas comprises en profondeur par une majorité du public: "J'apprécie les gens qui savent vraiment lire mes livres!!!" ajoute-t-elle. Toutefois le manque de compréhension d'un certain registre n'est pas forcément un obstacle au simple plaisir de lire.

Clôturons par la devise d'Actes Sud: "Plaisir et nécessité"...de l'écriture, de la lecture.